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Marousia Bouvéry « Il faut briser le cercle vicieux de la violence conjugale»
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Propos recueillis par Iqbal Kalla  |  21/11/2010

Jeudi prochain sera célébrée la Journée mondiale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Pour Marousia Bouvéry, chanteuse du groupe Abaim et travailleuse sociale ,il est impératif de «travailler davantage à briser le cercle vicieux, celui du travail déshumanisant, dans un monde patriarcal qui entretient une violence diffuse».


La violence conjugale : question de mœurs ou frustration ?

Notre comportement dans la société est dicté par les normes et valeurs que nous jugeons importantes pour son bon fonctionnement. Force est de constater l’absence du respect, de la solidarité, de l’égalité, de la méritocratie… Ce qui déclenche la violence, sous des formes diverses. Celle-ci est là, latente, dès notre enfance, nourrie par des combinaisons de différents facteurs sociaux et familiaux. L’apprentissage sexué fait partie de cette violence, imposant aux petites filles de se montrer douces et câlines et aux petits garçons d’être forts et bagarreurs.

On disait naguère que l’ouvrier était l’esclave de son patron et l’épouse celle de l’ouvrier…

«Les mo tir mo sang dan lerin, apre pangar to’a trouv mwa mesan», menaçait Ti Frer. «Mo mama li enn esklav, esklav enn lot esklav», chantait le groupe Lataniers. «Li bate mama, li bate, li fer mwa dimal», dénonce maintenant Cassava, brisant ainsi le tabou. On est passé d’un comportement culturellement acceptable à un chant libérateur, en passant par l’étape de la conscientisation. Cela me conforte dans l’idée que les mentalités ont évolué. Mais nous devons travailler davantage à briser le cercle vicieux, celui du travail déshumanisant, dans un monde patriarcal qui entretient une violence diffuse, en maintenant son schéma patron/employé/ mais aussi enfant.

Les enfants justement, les autres grandes victimes de la violence ?

Quelle confusion pour les enfants quand ceux qui sont censés les protéger deviennent leurs propres bourreaux ! Le climat de violence, avec tension, peur, coups, est scellé à jamais dans la mémoire. Le risque que la construction de la personnalité soit irrémédiablement affectée est réel. Dans le passé, avec les familles étendues, ce genre de problématique était gérable. De nos jours, la solidarité étant bien moins présente, l’Etat et les ONG doivent jouer un rôle de plus en plus important, avec services et interventions rapides. Le suivi de la compétence parentale est aussi une condition sine qua non avant que survienne le pire.

Peut-on se remettre d’une enfance durant laquelle on a été témoin de la violence ?

Le processus de réhabilitation est prioritaire. Car c’est bien de réhabiliter dont il s’agit, dans sa dignité, dans son corps. Stopper ainsi le risque que le cercle de violence ne se répète inlassablement. Ce n’est pas tant de la violence qu’il s’agit, mais de la capacité de la société à prévenir et aussi à prendre en charge ceux qui ont le plus besoin d’aide. Il n’est de plus beau témoignage que des enfants qui ont osé se relever et défier leurs destins pour enfin pouvoir vivre le monde.

    
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