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Danielle Palmyre : «Il y a beaucoup d’îlots dans notre île Maurice»
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Nazim ESOOF  |  04/11/2010

L’insularité dans son acception traditionnelle a évolué au fil du temps. Comment définir ce concept désormais ?

Cela dépend de savoir qui le définit. Cela dépend aussi de l’expérience des insulaires en question. Personnellement, c’est lorsque je me suis rendue à Mahé, aux Seychelles, que j’ai ressenti l’insularité. Je me suis sentie enfermée dans un petit espace. A Maurice, on le sent moins.

Aujourd’hui, avec les facilités de voyage, il y a une plus grande ouverture vers l’extérieur.

Le concept d’insularité a évolué dans la mesure où le monde communique avec le monde. Mais, il se peut que des personnes éprouvent toujours une étroitesse. Cela ne s’applique pas seulement aux habitants des îles. On peut le ressentir dans un petit village d’un grand pays. Cela relève de sa conception de l’espace et de la représentation qu’on en fait. Tout dépend de ce qu’on espère et de ce qu’on attend.

Ce sont donc les moyens de communication et de voyage qui changent tout…

Les moyens effectivement peuvent nous ouvrir vers d’autres mondes. C’est une question de manière de voyager dans l’espace. Cela peut être une découverte ou une évasion, entre autres. A l’inverse, tout le monde n’a pas les moyens de voyager.

Cela peut aiguiser des envies et aboutir à de la frustration.

Il y a aussi le rapport au temps qui est en jeu. Tout s’est accéléré avec les nouveaux moyens de communication.

Il faut tout faire vite. Aujourd’hui, on reçoit les informations de manière presque instantanée. Il n’y a plus de temps de réaction. Or, le rythme de l’humain n’est pas celui de la machine, il est plus lent, surtout dans le travail.

Cela implique qu’on détruit une part de sa créativité.

On vit dans un monde où on ne nous demande pas de réfléchir, mais de réagir constamment. Il faut aussi dire que certains vivent dans un monde virtuel de nos jours. Ils sont dans les jeux et l’internet. Ils sont pris dans l’irréalité et ils ont un problème quand ils sont livrés à la réalité. Ils sont dans le non temps, dans le virtuel.

L’ouverture au monde est-elle accompagnée d’une ouverture culturelle ?

L’ouverture est plus grande. On est relié au monde entier. Mais, le cerveau humain a un autre rythme. Il évolue plus lentement.

Maurice, comme une île émergente, se sert plus ou moins bien des outils de la modernité. On a gardé l’esprit d’un autre temps.

Je ne sais pas comment c’est pour les jeunes qui sont nés dans ce nouveau monde. Chez certains des plus âgés, il y a une vision plus archaïque du monde.

Il y a aussi de la nostalgie.

En fait, il faut garder une partie de la tradition tout comme il faut savoir prendre et laisser ce qui compose la modernité. Tout le monde n’est pas équipé pour cet exercice de discernement.

D’un autre côté, il n’est pas dit non plus que tout le monde a accès aux moyens de communication modernes.

A Maurice, il y a quelque 30 000 enfants qui échouent au Certificate of Primary Education (CPE). Croyez-vous qu’ils ont accès à l’internet ?

Nous vivons dans une société très inégalitaire.

Comment la cohérence se joue-t-elle entre les plus âgés et les jeunes ?

Elle ne se joue pas par ce qu’il n’y a pas d’égalité.

Cela déchire le tissu social.

Tout ne se résume pas à une question d’accès. Il y a aussi cette incapacité à développer une culture commune.

Une culture où le plus grand nombre partagerait les mêmes valeurs et la même vision, et où on comprendrait le langage de l’autre.

Là, je ne parle pas des différences de culture ou de religion, mais de classe. Il y a, en ce sens, beaucoup d’îlots dans notre île Maurice. Il y a des îlots d’ignorance et de pauvreté. C’est cette insularité qu’il faut combattre pour amener une culture plus consensuelle.

Rappelons également qu’on n’est pas dans une culture du débat à Maurice.

Lorsqu’on ne parle pas, rien ne bouge. Cela complique davantage les choses.

Comment le jeune insulaire évolue-t-il aujourd’hui ?

Les moyens de communication modernes sont très puissants et affectent de nombreux domaines de la vie humaine. C’est la raison pour laquelle il faut beaucoup de discernement.

La plupart des jeunes n’ont reçu aucune éducation en ce sens. Le concept même de l’éducation a évolué.

Auparavant, il y avait une culture du sacrifice pour pouvoir réussir. Cela participait de toute une conception ascétique de la vie. Cette génération qui a connu une enfance plus difficile ne veut pas que ses enfants en souffrent également.

En conséquence, les parents, désormais, donnent, dans la mesure du possible, tout et tout de suite.

Il faut aussi dire que beaucoup de parents vivent contrairement à ce qu’ils enseignent.

Certains parents ont ainsi perdu de leur crédibilité.

Donc, les jeunes n’ont plus de modèles. Ils ne savent pas ce qu’il faut prendre et ne pas prendre du monde dans lequel ils vivent. Les parents, dans leur grande majorité, soit sont perdus soit ne s’intéressent pas au monde où évoluent les jeunes.

Fait-il toujours bon de vivre dans une île ?

C’est un choix personnel.

A Maurice, on a la chance d’être ouvert et de bénéficier d’une forme de vie avec un rythme plutôt humain quoique cela évolue rapidement…

 

    

Commentaires

Par:-Jim
la théologie, c'est quoi ça? there's nothing in it my dear lady.
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