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Rada Tirvassen : «Le morisien n’appartient pas au registre familier»
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Gilles Ribouet   |  07/09/2010

Linguiste et professeur au «Mauritius Institute of Education», Rada Tirvassen commente l’usage du morisien dans la société en générale et son entrée dans les écoles.   

● Vous dirigez actuellement une recherche sur les villes, les langues et les jeunes. Qu’est ce qui en ressort concernant le créole ?

Il s’agit, dans ce projet, d’étudier la ville comme un indicateur des comportements sociaux et non comme une réalité administrative et géographique. Disons, pour rester dans les généralités, qu’il faut interroger la notion de ville en prenant en compte plusieurs éléments : le lien entre le terme de ville et l’histoire coloniale, la diffusion des valeurs de l’urbanisation partout à Maurice.

La ville comme comportement social, aujourd’hui, ce n’est plus cet axe Port-Louis-Curepipe. De la même manière, il faut se rendre compte que les fonctions et les statuts des langues évoluent rapidement. Nous devons éviter d’entrer dans ce nouveau siècle avec nos vieux clichés. Ils concernent tout autant la ville que le créole.

● Le morisien sera-t-il longtemps encore confiné au cercle familier ?

Le morisien n’appartient pas au registre familier. Il y a de nombreuses réunions que l’on conduit en morisien et cette langue opère dans un cadre formel, voire rigide. Simplement, souvent dans ces contextes, le morisien emprunte à l’anglais et au français parce qu’il n’a pas encore été équipé pour assurer ces fonctions nouvelles. Il y a ce qu’on appelle un aménagement sur le tas. Il y a un travail d’équipement de la langue à réaliser.
● L’utilisation du morisien n’est pas systématique. Dans quelles circonstances s’impose-t-il ?
Dans un contexte de contact de langues, aucune langue n’est employée de manière systématique si les règles ne l’exigent pas. Et même quand les règles imposent une ou deux langues, il y a ce qu’on peut appeler des écarts qui sont en quelque sorte inévitables. Regardez ce qui se passe à l’Assemblée nationale. Il y a les règles explicites et les choix identitaires des locuteurs. Quand il n’y a pas de règle, le langage que j’emploie, au-delà du choix de la langue, est déterminé par l’identité que j’ai envie de revendiquer.

● La graphie du morisien n’est pas totalement entrée dans les moeurs. N’est-ce pas un des critères discréditant le morisien comme langue assumée, vécue et totalement assise ?

Disons qu’un emploi systématique de la Grafi Larmoni donnerait un caractère systématique aux productions écrites et permettrait à la langue de montrer qu’elle a une graphie stabilisée. C’est un argument pour les défenseurs du morisien mais les stigmates qui pèsent sur cette langue vont au-delà de la question de la graphie.

● Depuis 40 ans, les initiatives en faveur du morisien se sont multipliées. Pourtant, on tergiverse toujours autant sur la question. Pourquoi ?

Il ne faut pas mettre toutes les initiatives dans le même panier. Il y a des nuances entre les différentes prises de position en faveur du morisien. On tergiverse parce que les demandes en faveur de cette langue sont nombreuses et divergentes.

Par ailleurs, il y a aussi une résistance à l’introduction de cette langue à l’école. Le plus important, c’est que toute la classe politique a longtemps tenté d’éviter la question. Personnellement, je suis pour l’introduction du morisien comme langue pour tous les enfants et non comme une langue optionnelle, au moins dans un premier temps. C’est une phase qui permettrait à cette langue d’entrer dans un espace nouveau.

Ensuite, si l’on veut tirer profit du potentiel de cette langue en attendant des changements majeurs, il faudrait qu’on l’utilise pour développer les aptitudes de communication des enfants à l’école maternelle. J’ai conduit plusieurs enquêtes où quand on pose des questions, en morisien, aux enfants, ils répondent à partir de mots isolés. La communication fluide, riche où l’on exprime des nuances n’est pas entrée dans les moeurs de l’école, même quand il s’agit du créole. Tant qu’on confond l’apprentissage des rudiments d’une langue seconde ou étrangère et le développement de l’aptitude à communiquer en milieu scolaire, celle-ci sera sacrifiée.

Enfin, il y a la question de l’usage du morisien pour transmettre des connaissances. Il faut tout un travail rigoureux et systématique.

Propos recueillis par Gilles Ribouet

    

Commentaires

Par:-Jose Philibert
Pourquoi biffer le mot creole par rapport à la langue dont il est question ici? Est-ce que c'est une volontaire tentative de MANIPULATION en faveur de l'élimination de "creole"? Je connais Rada Tirvasen, fin intellectuel et technicien linguistique. Nous avons travaillé dans la même institution dans le passé. Je ne pense pas qu'il se serait permis déjà de parler de "morisien" sachant très bien et lui particulièrement, que le nom "morisien" n'a pas encore été adopté pour définir la langue tenue jusqu'à l'heure pour le langage "creole". Il peut y avoir un souhait de la part de certaines personnes, dont certains éditorialistes, d'enlever le nom "creole" au langage que nous utilisons souvent ici, mais ce n'est encore qu'un souhait de certains seulement. Bon entendeur, Salut.
Par:-jocelyne
Quelle hypocrisie.........Est ce que à l'ile Maurice on a parlé "kreol" ou "morisien"..........Je ne comprends vraiment pas.........Quelle tristesse........
Par:-narain
Quelle hypocrisie!
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