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Par:-  Rabin BHUJUN

On 20/06/2010

L’avertissement est sans équivoque. Si 2009 a été une mauvaise année pour le tourisme, 2010 pourrait être pire ! En ce milieu d’année, l’optimisme n’est pas le sentiment ambiant parmi les membres de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice  (Ahrim).

Face à ce discours alarmiste, nous pouvons d’abord choisir de ne pas être dupes. La récente annonce d’un Tourism and Hotel Investment Trust a probablement donné des  sueurs froides à quelques grands patrons du secteur. La confession de l’Ahrim apparaît, du coup, opportune. Décodé, le message dit donc: « Chers Navin et Pravind nous sommes dans une passe difficile. Il nous faut d’abord surmonter les deux années à venir. Ensuite, nous discuterons de l’ouverture de notre capital. » Il n’est pas dit que le Premier ministre et son ministre des Finances apprécient le message ! A moins que…

Cela nous amène à la deuxième lecture possible de la confession de l’Ahrim : et si le tourisme se trouvait effectivement dans une mauvaise passe ? Dans cette conjoncture, ce secteur doit-il continuer à réciter le même mantra ? En se disant qu’il suffi t de rester dans le haut de gamme, conserver son assise sur ses marchés traditionnels tout en ciblant ceux — émergents — d’Asie et d’Europe de l’Est pour réussir.

Et si nous avions tout faux ? Et si notre stratégie de croissance par le nombre (deux millions de touristes en 2015) était fondamentalement mal inspirée ? La crise qui secoue en ce moment la zone euro, notre principal marché touristique, est une sorte de « wake up call ». Allons-nous l’écouter et saisir l’opportunité qui se présente ? Pour faire quoi ?

D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays. Puis décider courageusement et collectivement que durant les années à venir, l’objectif maximal d’arrivées touristiques s’établira à un million. Pour ensuite profiter de ce temps d’arrêt  afin d’évaluer concrètement l’effet social, économique et écologique de l’industrie touristique.

Depuis 30 ans, l’industrie touristique n’a été obsédée que par la croissance du nombre d’arrivées. Il faut maintenant évaluer concrètement quels dégâts ont été causés à notre environnement — certains lagons comme Grand-Baie sont morts — en raison de l’activité touristique. Mais aussi identifier clairement les fléaux sociaux et les précarités (notamment économiques) que l’industrie a pu générer. Déterminer pourquoi et comment des poches de pauvreté et de délinquance perdurent. Parfois à quelques centaines de mètres de nos plus grands palaces.

L’urgence absolue : agir. « MIDifier » le tourisme en le rendant totalement compatible avec le concept Maurice île Durable (MID). Pour cela, il faut élaborer un grand plan national pour atténuer l’impact environnemental de l’industrie. En protégeant nos côtes ici, gérant mieux les ressources en eau là et révolutionnant le mode de génération et de consommation d’énergie ailleurs.

Parallèlement l’industrie doit inaugurer une nouvelle ère dans ses relations avec ses employés et ses voisins. D’abord, en redoublant de rigueur dans la formation de TOUS ses employés. Leur permettant ainsi d’exceller dans leurs domaines respectifs et assurer leur avancement professionnel. L’industrie doit en même temps cesser la relation  paternaliste qu’elle entretient avec son voisinage. Les faits semblent démontrer que l’accompagnement simpliste consistant à financer des projets communautaires ça et là ne marche pas. L’industrie doit désormais s’impliquer efficacement à travers des  programmes de sous-traitance ou d’accompagnement social en adéquation avec les réalités locales.

Récapitulons les caractéristiques de ce tourisme « MIDifié ». Il assure un taux de remplissage convenable pour les hôtels et bungalows existants. Il exerce peu – et même de moins en moins — de pression sur  l’environnement. Il permet à ceux travaillant dans l’industrie mais aussi à ceux vivant à côté des établissements hôteliers de profiter  pleinement de cette activité.

Valeur du jour, les touristes venant à Maurice apprécient seulement une vitrine. Et  ignorent souvent tout des effets négatifs de l’industrie. Il faut imaginer un autre scénario. Celui où le touriste sait qu’il n’est pas seulement un chiffre dans le nombre des arrivées. Celui où les euros qu’il dépense profitent aussi bien à l’ébéniste du coin qu’au délinquant repenti vivant 2 km plus loin. Il faut imaginer le scénario où le touriste n’aura eu aucun impact vraiment négatif sur l’environnement du pays entre le moment où il est arrivé puis reparti.

Ce serait en soi une extraordinaire « expérience » à faire vivre à un touriste que de le rendre conscient que son séjour dans le pays a été effectué tout en préservant un équilibre social, économique et écologique. Ce serait un bien beau label. Tout à fait vendable. Pour qu’on arrive à cela, il faudrait toutefois que l’on stoppe la machine. Est-on seulement prêt à le faire ?

 


Commentaires

Par Regar
Jun 21, 2010
Permettez-moi, M. Rabin BHUJUN, de profiter de votre éditorial, pour rappeler aux lecteurs/internautes de lexpress.mu que le tourisme, et plus particulièrement l'hotellerie, est le secteur ou l'ecart salarial est plus grand... les petits employés reçoivent des salaires de misère, et les cadres supérieurs et autres managers 100 fois plus. C'est un secteur ou l'on travaille 48 heures par semaine ( normal hours ) avant de pouvoir toucher les heures supplémentaires. De plus, il faut travailler tous les jours, 24 sur 24, selon des "shifts" très rigides...Cyclone, fetes du nouvel an, dimanche, congés publics... pena geste, bizin travail. Une véritable exploitation....Bizin revise les conditions d'emploi et les structures salariales dans ce secteur. Que M. Shakeel Mohamed en prenne note...
Par Tourisk
Jun 21, 2010
Les hommes politiques, quand ils sont au pouvoir, ne regardent que le taux de croissance, et dans le cas du tourisme, le nombre d'arrivées touristiques. Et dans leur discours ( souvent des envolées lyriques), ils vont meme jusqu'à prévoir x millions de touristes par an dans quelques années. Mais pensent-ils aux dégats que cela va occasionner? Les touristes viennent chez nous pour nos plages, et pas pour le tourisme vert, ni le tourisme safari, montagnes et autres qu'ils peuvent visiter en un jour. Il leur faut des hotels de plage, pas de chalets en montagne ou dans les vertes vallées. Donc, tout développement visant une croissance effrenée aura des conséquences grave sur notre environnement. But who cares?
Par Saint Zeran
Jun 21, 2010
Nou deza pe laisse trop boucou touriste vini. Kik part fine ler pou rebrand nou même "Maurice, il faut nous mériter"... Mais avant nou ariv ca l'étape là, et fer moins tourist paye plis cher pou vine Maurice, nous bizin regler probleme pollution, insécurité, transport etc etc . Lerla kan tourist la ava dépense so gros cash, li ava vraimeme gagne l'impression ki vaut la peine dépensé dans Maurice. Pense lors la Mr Bhujun, "Mauritius, you must deserve it!"
Par tiptidodo
Jun 20, 2010
Good, sensible article. "D’abord freiner notre élan ! En décidant de ne plus laisser construire de nouvel hôtel dans le pays." Some might think that this is extreme, but I think it makes very good sense. To most of us, the very tangible and immediate benefits brought by more and more hotels obliterate the fuzzy, gradually cumulative negative impacts that building and running these have on the environment. So we, as laymen, tend to commit the very serious error of viewing these bad environmental impacts as ‘negligible’ compared to the benefits, and consequently we continue business as usual that is for e.g., more and more hotels. Basically we continue trading a worst environment for tomorrow for immediate gains, while believing we are not. Because ecosystems have thresholds (thresholds of pollution; threshold of resilience to natural catastrophes; etc etc which once crossed, lead us to tip into major trouble. In a way, it is like jumping off a plane. Nothing really terribly bad seems to happen during the fall (in fact it may even be thrilling, as parachute jumping adepts would tell you. In the current tourism context, the thrill may be like 'hey guys! we're making big bucks and getting jobs with this and that new hotel'). But it is only when the ground is met that it hurts. And very badly. We ‘meet the ground’ when we would have destroyed so much of our biodiversity and of our nature (e.g. Ilot Benitier, Ile Plate), pollute so severely our lagoons (make many more Grand Baie around the island etc), strained our water resources so badly, destroyed our corals and fisheries so well, that the tourist finally simply decides to go elsewhere leaving us alone to gaze at the sorry mess we would have made of the island...
Par Fairy
Jun 20, 2010
Hola! This is what we expect from you guys! Challenge drivel and smokescreen wherever they come.
Par Baltazar
Jun 20, 2010
Bravo Rabin ! Innovative et réaliste. Reste le commencement de la pratique. Le tourisme haut de gamme perd du terrain. Maurice a trop misé sur cette classe, négligeant complètement des alternatives qui pourraient servir de moyen de survis pendant des périodes dures. Beaucoup d'opérateurs affichent depuis longtemps leurs prix en euro. Avec la chute le touriste a commencé à réfléchir à deux fois avant de dépenser. L'Ile Maurice est devenue une destination de luxe exagérée. Les pays offrant du service de touriste sac a dos sont moins affectés. Crise ou pas, la classe moyenne dépense et contribue plus à l'équilibre sociale, économique et écologique. Le touriste écologique se déplace en transport commun, à vélo ou à pied. Quitter son pays pollué pour aller respirer mieux ailleurs. Mais à Maurice, comment esquiver les embouteillages permanente des villes ? Port-Louis en plein été avec 35°C, paradis ou l'enfer. MID programme indispensable sinon, crise après crise le tourisme meurt.
Par Starbright
Jun 20, 2010
In Mauritius you are already feeling the pinch. Less tourists are never a good thing in such a visitor-oriented industry such as yours.An investigation has been carried out on behalf of the effects of reform of the current structure of indirect taxes in Mauritius,a relatively tourism-dependent economy.A computable general equilibrium model has been used to explore the relative efficiency of changing sales tax rates on tourism and nontourism related sectors, and allowing for equity considerations.The efficiency of tax reforms are also distinguished for cases wnere tourist arrivals are exogenously set, and where they are endogenously adjust to changes in relative prices.The similation results show that the tourism sectors are currently undertaxed . Additionally , taxing tourism sectors is found to be the most socially efficient means of raising tax revenue.
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