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Le Dr Zuberr Joomye, spécialiste en médecine interne: «Il n’y a que 6 000 personnes qui ont été vaccinées contre la grippe a depuis avril»
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Deepa BHOOKHUN  |  17/07/2010

● La ministre de la Santé a-t-elle ou n’a-t-elle pas dit qu’il n’y avait aucun cas de grippe A à Maurice, la semaine dernière ?

Il me semble qu’elle avait insisté, jusqu’à tout récemment, sur le fait qu’il n’y avait aucun cas de grippe A (H1N1) chez nous.

C’est du moins ce que tout le monde avait compris. Et je peux vous dire que la communauté médicale a été surprise d’apprendre que le premier cas de grippe A (H1N1) avait été détecté était en février !

● Vous voulez dire que même les médecins ne le savaient pas ?

Pas du tout. Je crois donc qu’il y a une grande contradiction entre ce qui est annoncé et la réalité.

● Cela veut donc dire que vous ne saviez même pas qu’il y avait 124 personnes qui avait été testées positives à la grippe A ?

On avait nos soupçons on se doutait bien que l’épidémie revenait, puisqu’on voyait beaucoup de patients qui présentaient des symptômes grippaux. Il ne pouvait pas s’agir là que de la grippe saisonnière.

● Mais les 124 cas avérés proviennent d’un échantillon de 1 234 tests qui ont été faits. Cela veut dire que si l’on faisait plus de test, l’on découvrirait plus de cas ?

Certainement.

● Si une personne meurt de la grippe A, peut-on le prouver ?

Si la personne décède, par exemple, d’un problème respiratoire en période épidémique, il faudrait effectuer un prélèvement que l’on pourra faire tester.

● Mais on ne le fait pas ?

Je ne sais pas, mais il paraît qu’il y a eu, à l’hôpital, plusieurs décès dus aux problèmes respiratoires récemment. On ne sait pas s’il s’agit ou pas de la grippe A.

● Cela veut dire qu’il pourrait y avoir eu plusieurs cas de décès dus à la grippe A, mais que le ministère refuse de l’avouer ?

Je crois qu’il faudrait absolument connaître le nombre de décès liés aux problèmes respiratoires survenus ces deux derniers mois.

● Avez-vous des informations que vous souhaiteriez partager avec nous ?

Je le répète : il faudrait que l’on puisse savoir combien de décès liés à des problèmes respiratoires il y a eu au cours des deux derniers mois.

● Mais vous donnez l’impression de savoir qu’il y a eu plusieurs cas …

Il y a toujours ce genre de cas en période de grippe saisonnière, mais si nous parvenons à savoir s’il y a eu une recrudescence des cas précités, cela nous donnera une indication de la gravité du problème. L’intérêt réside dans le fait que l’on pourra ainsi mieux se préparer.

● Visiblement, le ministère ne l’entend pas de cette oreille !

L’attitude défensive du ministère dessert complètement sa fonction. Une information claire et précise permettrait non seulement de dédramatiser mais permettrait aussi aux professionnels de la santé de mieux prendre en charge leurs patients, et au public de prendre les précautions adéquates.

● Mais là, le public ne sait plus quoi penser, avec toutes ces contradictions. Doit-on ou non s’inquiéter ?

Ce qui est dommage, c’est que le ministère de la Santé n’est pas en train de remplir son rôle son but devrait être d’informer en temps voulu pour mieux responsabiliser le public. Quand on n’informe pas, on ne responsabilise pas. Résultat, les gens ne prennent pas les précautions nécessaires.

Cependant, il faut savoir dédramatiser tout en informant.

● A la place, il semblerait que l’on joue les cachottiers…

A travers le monde, à chaque fois qu’il y a une propension à cacher des choses, cela crée de la suspicion et la panique, car les interprétations divergent. Finalement, on obtient l’effet inverse et les gens cèdent plus à la panique.

● Comment doit-on interpreter les cachotteries du ministère de la Santé ?

Je pense que c’est simplement une mauvaise gestion de la communication. L’année dernière, l’association des médecins privés avait demandé au ministère d’informer la communauté médicale dans son ensemble dés qu’il y a un problème, quel qu’il soit. C’est très important de partager ces informations, notamment en ce qui le nombre de décès. C’est quand on voit ce nombre augmenter que l’on arrive à déterminer à quel type de virus on a à faire.

● Est-ce que le fait que l’on ai déjà eu à faire face à grippe A rend la gestion de la maladie plus facile ?

Disons que nous sommes forts de notre expérience de l’année dernière. Que ce soit au niveau clinique et au niveau organisationnel.

Nous sommes en train de vivre le même scénario qu’en 2009, avec les mêmes personnes au ministère hormis la ministre. On connaît les directives, on a du Tamiflu, les médecins savent quand il faut en prescrire, on sait aussi quand il faut envoyer les patients en réanimation.

Mais à quoi bon avoir toutes les armes en main, si nous ne savons pas quand les utiliser ?

● Et que pensez-vous du vaccin contre la grippe A ?

Je pense qu’il faut revoir la politique de vaccination. Il y avait plus de 150 000 unités de vaccin commandées, et il n’y a que 6 000 personnes qui ont été vaccinées depuis avril.

● Mais on ne peut pas forcer les gens à se vacciner non plus !

Dans un pays où il y a plus de 100 000 diabétiques et plus de 150 000 personnes souffrant de problèmes respiratoires, je crois que c’est grave. Oui on ne peut pas forcer la main des gens, mais on ne peut pas avoir recours à des mesures dissuasives non plus.

Quand on vous oblige à signer un formulaire de consentement avant d’être vacciné, cela n’aide pas. Ce n’est que depuis lundi que cette étape a été abolie.

● Mais ce vaccin-là justement, est-il vraiment efficace pour combattre la grippe A ?

Le vaccin contient les particules du virus H1N1. Cela crée une immunité par rapport à cette maladie. Les gens qui sont vaccinés ne devraient théoriquement pas souffrir de la maladie dans sa forme fulgurante.

● Il y a eu beaucoup de débats autour de ce vaccin. Est-il sûr ?

Nous n’avons pas suffisamment d’expérience et de données pour savoir si le vaccin marche vraiment. Il n’y a pas eu d’effets indésirables jusqu’ici, ni de catastrophes sanitaires liées à la vaccination.

● Mais s’il faut signer un formulaire de consentement, c’est que quelque part, on n’est pas très sûr du produit et de ses effets ?

Ledit formulaire vient du laboratoire.

● Par ce qu’ils ne sont pas sûr des effets ?

C’est un vaccin qui a été produit très rapidement alors que la grippe A battait son plein, l’année dernière. On suppose que tous les contrôles au niveau de la production ont été faits, reste à savoir quels effets le vaccin aura sur le public.

● Revenons à la prévention. La ministre de la Santé a laissé comprendre qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un contrôle à l’aéroport, puisque le virus A était déjà présent sur notre sol. Etes vous d’accord ?

A mon avis, il ne faut pas relâcher la vigilance à l’aéroport. Il y a une grande leçon à tirer de la grippe A - ce virus a sévi en Europe pendant la période estivale. A Maurice, on a détecté des cas en février, et c’est donc une épidémie qui a un pic saisonnier en hiver, même s’il des cas sont aussi décelés en été.

● Il y a aussi un débat autour de la classification de la grippe A. Est-ce que cela veut dire que c’est dans la panique qu’elle a été qualifiée de pandémie ?

La classification sert de catalyseur, afin que les états prennent leurs responsabilités et leurs précautions. Mais au niveau national, pandémie ou pas, il faut prendre toutes les précautions. Ce qui manque, c’est un institut de veille sanitaire qui englobe le privé et le public, où il y aurait des médecins-sentinelles dans toutes les régions, qui observeraient et informeraient le ministère. Il y a aussi, dans tous les pays développés, un institut national d’épidémiologie, où il y a un épidémiologiste qui compile tous les dossiers et toutes les données, à partir desquels on établit des modèles afin de pouvoir faire des prévisions.

Ici, on est trop dans le rétroactif, jamais dans la projection et la prévision.

Propos recueillis par Deepa BHOOKHUN

 

    
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