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Dhiren Moher : « Drogue et alcool chez les jeunes : un mélange explosif »
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La Rédaction  |  12/06/2010

●  Vous avez mobilisé tout récemment quelques jeunes de Terrasson et de la Tour-Koenig pour embellir  l’environnement dans cette partie de la capitale. Une toute nouvelle démarche de votre part. Quelle  en est la raison ?

Rassurez-vous, il n’y a rien de politique derrière cette action. La raison est simple. Je ne peux  rester insensible devant les fléaux de la drogue, de la prostitution et de l’alcool qui ont déjà  touché des jeunes dans la fourchette d’âge de 17 à 19 ans qui viennent de familles brisées par la  violence conjugale où le taux d’analphabètes et le taux du chômage sont très élevés. Comme je  côtoie ce milieu de par mon travail et découvre chaque jour leur descente aux enfers, j’ai approché certains jeunes toxicomanes de cette localité, sérieusement affectés par la drogue pour leur  proposer d’embellir notre environnement.

Ce qui m’a le plus bouleversé, c’est que ces jeunes toxicos m’ont confié qu’ils sont souvent  accusés par des habitants que ce sont eux qui pe gâte baz et, de manière plus polie, que ce sont  eux qui «polluent l’environnement» par leur façon de faire et leur comportement.

Quelle a été leur première réaction lorsque vous les avez approchés pour une première action collective dans cette localité ?

J’ai été très étonné. Ils ont eu une réaction très positive en prenant l’initiative eux-mêmes de trouver les équipements pour accomplir cette première action collective dans cet endroit. Une démarche qui me pousse à dire que certains parmi eux n’attendaient qu’un geste, que quelqu’un leur tende la main pour leur venir en aide, les écouter et comprendre leur souffrance

Vous avez suivi de près les mouvements des jeunes fi lles touchées par la prostitution. Opèrent-elles à partir d’un réseau organisé à l’intérieur ou à l’extérieur de la localité ?

Etant vulnérables, ces jeunes prostituées sont devenues aujourd’hui esclaves d’une situation. Elles se prostituent non pas pour leur plaisir mais pour de l’argent, pour avoir leur dose de drogue quotidienne et pour satisfaire leurs besoins immédiats. Le réseau n’a aucune importance. Ce qui m’inquiète le plus ces derniers jours, c’est le fréquent va-et-vient en voiture de gens venus d’ailleurs entre la Tour-Koenig et Pointeaux-Sables, plus particulièrement dans la soirée.

Vous êtes inquiet également par l’ampleur que prenent les fl éaux de la drogue et de l’alcool.

La propagation de la drogue plus particulièrement, du Subutex a déjà touché des jeunes de la région de la Tour-Koenig. Des jeunes qui étaient autrefois des consommateurs occasionnels, ont fini par devenir, au fil du temps, des accrocs de cette drogue au point de ne plus pouvoir s’en passer maintenant. Comme dans d’autres endroits, je dirai que la vente de Subutex dans cette région commence à prendre une dimension alarmante.

Le nombre de toxicomanes sur un chiffre de 20 jeunes...

Je dirais que c’est 8 sur 20 dans la fourchette d’âge de 17 à 20 .

N’êtes-vous pas trop alarmiste ?

Non, je ne suis pas hypocrite. Je préfère dire la vérité pour que nous nous ne retrouvions pas avec de graves problèmes de vol avec violence, de familles déchirées et toutes les conséquences que cela pourrait avoir sur certains jeunes résidant cette zone et qui opèrent déjà en clans. Et je dirai la même chose pour l’alcool Le taux de consommation des boissons alcoolisées est élevée. La raison est simple.

Les jeunes y ont facilement accès car il y existe une zone commerciale, sans compter l’absence totale de loisirs. Une tournée les après-midi dans ces quartiers vous donnera certainement une idée des des ravages causés par l’alcool chez les jeunes.

Qu’en est-il du rôle des politiciens et de la force policière pour combattre ces fl éaux?

J’étais envahi par un sentiment de révolte et de grande tristesse pendant la récente campagne électorale pour les élections générales lorsque j’ai vu des politiciens se servir des jeunes toxicomanes de Terrasson, de la Tour-Koenig en leur donnant un peu d’argent et de la nourriture pour les aider dans cette campagne. Je me suis demandé à quel niveau des politiciens peuvent descendre pour déshonorer des êtres vulnérables, cela pour leur intérêt personnel.

J’ai eu honte à la place de ces jeunes. Croyez-vous que ces politiciens, de quelque bord qu’ils soient, vont consacrer leur temps comme ils l’on fait pendant la campagne électorale pour écouter ou travailler pour ces jeunes.

Sincèrement, je ne le crois pas. Et la force policière, elle doit impérativement faire son travail avant que la situation ne s’aggrave dans cette région. Chacun doit assumer sa responsabilité.

Et vous personnellement, quelle sera la vôtre ?

Je vais continuer à travailler avec le groupe que j’ai cité plus haut avec l’aide du Centre Idriss Goomany qui a pris en charge quatre jeunes toxicomanes qu’ils sont mis sur la liste de la méthadone.

Et comme les complexes de la National Housing Development Corporation(NHDC) et les autres régions avoisinantes se trouvent dans une zone industrielle, je suis heureux que la direction de certaines fi rmes m’ait approché pour participer à des actions communes.

J’espère que les résidents, les forces-vives et d’autres organisations non gouvernementales feront de même.

On connaît votre combat pour soutenir les personnes atteintes du SIDA. Quel constat faitesvous aujourd’hui ?

Il y défi nitivement une certaine prise de conscience et un nouveau regard sur les personnes atteintes de cette maladie. Le combat qui m’a le plus marqué, c’était celui mené il y a quelques années pour une Zimbabwéenne séropositive, l’épouse d’un Mauricien, mère de deux enfants qui était sur le point d’être déportée. Mes amis et moi qui croyons toujours dans ce combat avaient déployé tous les moyens pour qu’elle reste à Maurice auprès de sa famille. Je suis fi er qu’elle vive toujours tranquillement à Maurice.

Vous n’avez rien dit sur votre profession ?

Je travaille actuellement pour la Commission de l’Océan Indien (COI) sur un projet connu comme Appui à l’initiative régionale de prévention contre les maladies sexuellement transmissibles (AIRP) qui s’occupe de la formation des médecins et des infirmiers qui traitent les patients du SIDA et j’aide des Organisations-Non-Gouvernentales (ONG)à préparer des dossiers touchant la toxicomanie.

 

 

    
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