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Guy Marchessault : « Toute publication doit prendre position »
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Valérie OLLA  |  10/06/2010

Le Professeur en Communication sociale à l’Université St. Paul au Canada aborde la question des relations entre la presse et le pouvoir politique.

 


Vous avez participé avant-hier à une conférence sur le thème «Dans l’espace démocratique, la question de pouvoir dans les rapports entre médias et politique». Quelles devraient être, selon vous, les relations entre les médias et les politiques ?

Clairement, cela va dépendre du type de gouvernement qui existe… Dans les dictatures, les médias sont des reproducteurs des points de vue gouvernementaux, ils font de la propagande. Plus on va vers le mode démocratique, plus les médias vont jouer un rôle moins contraint. On parle des pouvoirs mais je ne voudrais pas restreindre la question seulement à une approche politique.

Je pense que tous les pouvoirs sont toujours d’une certaine façon mal à l’aise vis-à-vis des médias. Je pense aux pouvoirs économiques, sociaux et religieux. Les politiciens, quels qu’ils soient, dans les régions les plus démocratiques du monde, ne sont pas nécessairement très à l’aise avec les médias parce que ceux-ci recherchent toutes les informations, pas uniquement les informations favorables au pouvoir. C’est normal qu’il y ait des tensions entre le pouvoir et les médias.

Cela remonte à très loin. Historiquement, on sait que, depuis toujours, les pouvoirs veulent contrôler la prise de parole publique. En effet, autrement, la prise de parole publique peut contester leur autorité et là, ça remet en question tout leur pouvoir.

On parle des médias comme le quatrième pouvoir, voire des contrepouvoirs. Qu’en pensez-vous ?

Les médias sont toujours des contrepouvoirs pour moi. Cela est dû justement au fait qu’ils cherchent à dénicher sans arrêt les choses qui fonctionnent bien mais souvent également celles qui ne fonctionnent pas bien. Cela, les pouvoirs ne le tolèrent pas facilement. Je pense que c’est le rôle des journalistes de servir de contre-pouvoir, de chien de garde. Un des dangers à ce moment-là – c’est pour ça que je préfère le mot chien de garde à celui de contre-pouvoir parce que contre-pouvoir donnerait l’idée que je m’oppose au pouvoir – c’est que ce n’est pas nécessairement
le rôle des médias de s’opposer au pouvoir. Le rôle des médias, c’est d’aider les pouvoirs à devenir le plus transparent possible et non pas d’être un contre-pouvoir.

En quoi l’état des médias peut être aussi un baromètre d’appréciation du niveau de démocratie ?

Si on le prend sous l’angle de la transmission d’informations, c’est sûr que c’est un pilier majeur. Les médias sont là pour favoriser la circulation de l’information uniquement sur ce qui se passe vraiment. Je pense qu’on ne peut pas échapper à ça. Partout où on va hausser la dynamique de la transmission d’informations, on diminue d’autant la capacité démocratique de juger des gens parce que ça se tient.

Les médias peuvent-ils prendre position ?

Pour moi, là-dedans, il y a des distinctions très claires à opérer, c’est-àdire que le travail journalistique se situe à trois niveaux. Au premier niveau, il y a la cueillette des faits bruts avec le plus d’impartialité possible. Il y a un deuxième niveau qui est de l’ordre de l’analyse, l’analyse de ces faits. Il faut que les faits soient avérés d’abord. Déjà, à ce niveaulà, la subjectivité joue beaucoup plus. S’il y a des faits qui sont faux, tout l’édifi ce s’écroule. Si ces deux niveaux ont été respectés, toute publication doit prendre position.

Ce serait anormal si un journal ne prenait pas position. C’est le rôle de l’éditorial. L’éditorial, c’est le point de vue des propriétaires, de la direction d’un journal. Il ne faut toutefois pas mélanger les genres et mettre ça partout dans un journal. Au cas contraire, le journal devient un journal militant. Au Canada, il n’existe qu’un journal qui, dès sa création, a décidé de ne pas prendre position. Pour ne fâcher personne, il n’y a donc pas d’éditorial. C’est triste. C’est un positionnement purement pécuniaire à ce moment-là.

Vous êtes à Maurice depuis quelques jours, avez-vous pris connaissance de la situation qui prévaut actuellement ici ?

J’ai regardé les journaux. On voit qu’il y a de la tension de la part du gouvernement actuel avec un groupe de presse.

Diriez-vous que ce qui se passe en ce moment à Maurice laisse présager une dérive dangereuse pour la liberté de la presse et la démocratie ?

C’est diffi cile pour moi de me prononcer dessus après quelques jours comme ça mais ma réaction serait que si cela arrive, il est très important que tous les journalistes de tous les groupes s’unissent afi n de défendre leur liberté. En effet, à long terme, tous les journalistes seront perdants. Je pense qu’il est fort important que les journalistes s’unissent pour défendre ces principes fondamentaux. Les gardiens de la liberté de la presse, ce sont les journalistes eux-mêmes.

Diriez-vous que priver un journal de publicité gouvernementale est un problème d’ordre purement commercial ou que cela va plus loin ?

Après tout, ce boycott publicitaire prive les lecteurs du quotidien le plus lu de toute une foule d’informations telles que les appels d’offre, les offres d’emploi, etc.

Tout à fait. Il y a deux grands droits : le droit à l’information et le droit d’informer et les deux se complètent. Evidemment, c’est lié au droit à la liberté de penser et la liberté de s’exprimer qui sont des droits plus fondamentaux encore (…). On ne peut pas faire ça mais comme j’ai été journaliste dans le temps, j’ai la réaction spontanée de dire, «j’aimerai entendre l’autre version».

Considérez-vous qu’interdire l’accès à une conférence de presse d’un ministre à des journalistes d’un groupe de presse en particulier est une atteinte à la liberté de la presse ?

Si l’information qui devait être diffusée lors de cette conférence de presse concerne tous les citoyens, il s’agit alors d’un geste de censure. Vous pouvez interdire l’accès à une réunion partisane mais lorsque cela concerne le bien public, la population est concernée. Normalement, il faut que tout le monde ait accès aux sources. D’une certaine façon, on peut dire que c’est le gouvernement de tous, donc, il doit informer tous.

Comment se passe cette relation entre les médias et les politiques au Canada ?

Au Canada, le Premier ministre boycotte tous les journalistes. C’est pour cela que je dirai qu’il ne faut pas trop dramatiser la situation ici. Ça arrive ailleurs également. Le Premier ministre canadien a coupé toutes les relations avec la presse, il empêche à ses ministres et aux hauts fonctionnaires de parler aux journalistes. Un gouvernement qui coupe tous les contacts, à court terme, c’est payant pour lui. A long terme, il va se le faire reprocher. Même les médias en faveur du Premier ministre sont critiques.

Les journalistes sont furieux et plus les journalistes sont furieux, plus le gouvernement les craint. C’est un cercle vicieux…



 

    

Commentaires

Par:-Patriote
J'ai beaucoup apprécié l'entrevue de Guy Marchessault qui analyse très objectivement le rapport Presse/Pouvoir. Est-ce qu'ils refusent aux jounalistes l'accès à leur point de presse ou est-ce qu'il y a une politique sélectif pour les espaces publicitaires dans les journaux. Je pense pas.
Par:-Wep
"C’est pour cela que je dirais qu’il ne faut pas trop dramatiser la situation ici" Hype, hype again, hype always!
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