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Lindley Couronne : «Le communalisme est érigé en institution»
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Nazim Esoof  |  11/05/2010

Suite à l’initiative «Communalism Watch» d’Amnesty International section mauricienne (AIMS), le directeur de cette organisation, Lindley Couronne, revient sur les enseignements qu’il faut tirer de cette expérience dont l’objectif était de dénoncer les dérives communalistes des politiques et d’autres acteurs.

■ Quels étaient les objectifs de la mise en place du «Communalism Watch» d’Amnesty Maurice ?

L’objectif principal a été d’être un chien de garde, en tant qu’un des corps apolitiques et laïc de la société civile, pendant la période de la campagne électorale, afin que les principes démocratiques soient respectés par le personnel politique. Nous disons tous ne pas être communalistes et nous accusons tous les autres de pratiquer le communalisme. Il nous fallait donc voir comment les choses se passent réellement.

■ Quels sont les enseignements que vous tirez de cet exercice ?

Nous avons effectivement fait plusieurs constats. L’un d’eux concerne une partie de la presse. Celle-ci joue le jeu du communalisme. Par exemple, nous avons certains journaux qui ont publié la liste des ethnies et des castes des candidats. Cela se vérifie aussi dans la manière dont ils orientent les questions aux politiques. Ces derniers ont évidemment leur part de responsabilité. Ils utilisent un discours communal. Lorsque Bérenger déclare que Ramgoolam veut nuire à la communauté tamoule dans l’affaire Sithanen, il ne fait pas autre chose que du communalisme. Lorsque Ramgoolam dit qu’il faut que la communauté créole élise ses candidats créoles afin d’avoir un ministre créole, il ne fait pas autre chose que du communalisme. Lorsqu’il se signale par un silence assourdissant lorsque la Voice of Hindu (VOH) lance sa milice, cela aussi relève du communalisme. Lorsque les plus hauts personnages de l’Etat agissent ainsi, il ne faut pas s’étonner que le communalisme atteigne toute la société. La classe politique va systématiquement et méthodiquement contre la Constitution qui ne propose pas, à ce que je sache, une communalocratie à Maurice. Que ces politiques nous disent donc clairement que nous ne vivons pas dans une République! Qu’ils nous disent que, pour eux, tous les citoyens ne sont pas égaux.

■ Pensez-vous que les politiques ont reçu le signal qu’AIMS leur a lancé ?

Je peux seulement leur dire que tous nos communiqués sont sur notre site, amnestymauritius.org, et que tous les militants des droits humains à travers le monde ont pu se rendre compte de ce qui se passe à Maurice. Je ne dis même pas leur étonnement à la lecture de ces communiqués. Certains parlent même d’une classe politique qui fait l’apologie du communalisme. Ils ont réalisé qu’il n’y a qu’un mythe du vivre-ensemble à Maurice. La réalité, c’est que le communalisme est érigé en institution. Je dois aussi dire aux politiques que nous vivons de plus en plus dans un village global et que les gens à travers le monde savent comment nous vivons. A un moment où on vend «Mauritius, c’est un plaisir », nous ne pouvons pas mettre de côté les droits humains. Il ne faut pas que les politiques croient que les droits humains ne sont pas à l’agenda. Autrement, ils fi niront par créer une «Mauritius, c’est la discrimination ». Cela ne m’étonnerait pas qu’à terme Maurice se retrouve dans le rapport annuel d’Amnesty International.

■ Comment Amnesty Maurice a procédé pour le fonctionnement du «Communalism Watch» ?

Je tiens surtout à dire que nous avons systématiquement fait preuve d’équité dans notre traitement des informations que nous recueillions dans la presse. Nous n’avons pas commenté des cas qui sont rapportés par des sources tierces. Notre équipe, composée de quatre à cinq personnes, appelait les journalistes pour vérifier les informations.

■ Quelle suite comptez-vous donner à cette démarche ?

Cela a été une expérience limitée dans le temps avec une campagne d’un mois seulement. Il est évident que nous n’allons pas nous arrêter à cela. En fait, cette initiative a fouetté notre énergie. Nous allons désormais proposer un Position Paper sur le communalisme dans le court terme. A moyen terme, nous comptons engager des recherches sur le communalisme à Maurice avec l’appui du mouvement international d’Amnesty. Nous allons faire venir des chercheurs pour réaliser cet exercice. Nos politiques font dans l’éloge du racisme.

■ Comment avez-vous abordé toute cette question du communalisme ?

Nous avons abordé cette problématique sous l’angle de la discrimination. En outre, nous avons travaillé à partir des instruments du droit international. Pour le communalisme, nous utilisons la Convention on the elimination of all forms of racial discrimination (CERD) de l’Organisation des Nations unies (ONU) qui est d’ailleurs ratifiée par Maurice. Quand nous prenons en considération la CERD, nous réalisons que nos politiques font absolument le contraire de ce qu’ils sont censés faire. Ils n’ont pas le droit de monter une communauté contre une autre. Il est important d’attirer l’attention de la population mauricienne sur toute cette affaire.

■ Une population qui est aussi, quelque part, complice de ce système…

En effet, la population a sa part de responsabilité. C’est une population qui s’attend à recevoir sa part du fameux gâteau sur la base de son ethnicité. Il lui faut des ministres de sa communauté. Même les religions, qui sont censées prêcher l’unité, sont en train de diviser les gens. Je me demande combien de temps encore, certains vont continuer à patauger dans la boue du passé ? Certes, il y a aussi des éléments progressistes, comme le Blok 104 et Rezistans ek Alternativ. Mais, de l’autre côté, une majorité de gens vivent dans le passé. Je pense que l’éducation aux droits humains est le moyen d’éduquer justement cette population. Ma crainte, c’est que les fonctionnaires de l’éducation et le ministre de l’Education lui-même ne comprennent pas l’importance de l’éducation aux droits humains. On peut initier cette population aux droits humains à travers une méthodologie participative et à travers des activités. Il y a des experts internationaux qui peuvent nous aider en cela.

Cependant, avons-nous la volonté politique de le faire ? J’ai des doutes. Surtout, lorsque je vois ce qui s’est passé ces cinq dernières années. Au départ, Rama Valayden avait pris certaines initiatives. Mais bien vite, par exemple, le Human Rights Centre a cessé ses activités et les locaux ont servi à accueillir le Privy Council. Lorsque, sur une question constitutionnelle, Valayden a dû renoncer à ce ministère, celui-ci est passé sous le bureau du Premier ministre. Depuis, rien n’a été fait. Il y avait un Human Rights Framework qui devait être mis en place. Rien n’a été fait alors qu’on avait organisé un grand séminaire en 2006 pour réaliser ce projet. Aujourd’hui, même la Human Rights Commission est paralysée parce qu’on n’a pas nommé les gens qu’il fallait. Nous nous assurerons, si rien n’est fait dans les prochains mois, que la Peer Review de l’ONU sera mise au courant de l’importance que le gouvernement attache aux droits humains. Nous avertirons d’autres organisations internationales également. J’espère seulement que d’ici là, le nouveau gouvernement se sera ressaisi.

Propos recueillis par Nazim ESOOF

    

Commentaires

Par:-Steven Plaiche
Congratulations to Linley and all the team of AIMS. BONNE CONTINUATION.
Par:-Monstre
Je me demande de quel droit portez vous de tel jugement sur les Mauriciens qui ont vote en leur ames et conscience...certains avec le coeur ou certain avec leur intelligence ou les deux en memes temps ! Amnesty se trompe si cet institution se croit au dessus de la realite de ce pays. Les Mauriciens ne sont pas communal (negativement) dans la vie de tous les jours. Ils s'entraident la plupart du temps. Je trouve que c'est la politique de division qui entrainent les Mauriciens dans ce reflexes identitaires. Il n'y a pas de mal a etre Hindoue et premier ministre et il n'y a pas de mal a ne pas etre Hindoue et etre premier ministre pourvue que les Mauriciens se sentent en confiance, ce que Paul n'a malheureusement pu faire en entrainant avec lui le pere gregoire. Je trouve dommage que Paul a jouer avec le demons communal en essayant d'acculer la population majoritaire de ce pays et ralier les minorites pour que ces derniers arrivent a faire le nombre pour le faire devenir premier ministre au depend de la population majoritaire de ce pays. Ce qui c'est passer avec ces dernieres elections demontre tout simplement qu'un individu assoiffe de pouvoir peut mettre le pays a feu et a sang. Si Amnesty veut faire quelque chose, ce dernier devra commencer avec les politiciens pour que ces derniers ne font plus de sorte a mettre une communaute au pied du mur. Le communalisme scientifique qu'a pratique le MMM pour essayer dedevenir premier ministre a tout prix est tres grave pour la paix sociale a Maurice. Il n'y a pas de mal a voter pour un candidat de sa communaute mais par contre il est tres dangereux de venir dire qu'on est communal si on vote pour un candidat de sa propre communaute. ca n'a pas de sens! Ce qui est communal c'est quand on ralie une communaute contre une autre communaute et venir dire que la majorite est communal si elle ne decide pas de voter pour un candidat de la minorite. Ca n'a pas de sens non plus. Si un candidat de la minorite n'arrive pas a rassurer l'electorat de la majorite qu'il sera leur premier ministre au depend d'un autre candidat issue de cette majorite, c'est que ca veut dire qu'il n'est pas apte a devenir le premier ministre de ce pays tout court. il n'y a point de communalisme, il y a par contre une ambition demesuree a prendre le pouvoir sans le meriter aux yeux de l'electorat dans son ensemble!
Par:-supermomo
Les gens se disent preoccupes par la montee du communalisme a Maurice et qu'il faille en decoudre. With due respect, I submit that all efforts which are being made are not really tackling the problem. Au lieu d'essayer d'extraire ce sentiment communal de l'individu, regler ce probleme, selon moi, passe plutot par une reconnaissance du caractere fondamentalement communal de notre societe. Certes cette caracteristique demeure en sommeil la plupart du temps. C'est surtout l'arme des politiciens, comme nous le temoignent les dernieres elections. La solution que je prone je l'ai intitulee "LINSTITUTIONNALISATION DU COMMUNALISME" ... terme qui semble a lopposé de l'objectif que l'on souhaite atteindre...Je m'explique. Par ce terme, je veux dire tout d'abord reconnaitre le caractere communal inherent a notre societe. Ensuite la solution c'est de reflechir comment mettre le jeu communal hors de portee des politiciens(ou d'autres). Cela passe, selon moi, par la fixation de quotas ou du maintient de la balance communale et ehnique, a commencer deja par la constitution du gouvernement. Ensuite cela concerne les recrutements...ainsi que d'autres spheres ou les differentes communautes eprouvent le besoin de se sentir representées ou de ne pas etre mises a l'ecart. Bref il s'agit de fixer les regles du jeu a l'avance afin que personne ne puisse venir utiliser un quelconque argument qui serait communal ou qui exploiterait ce facteur d'une facon ou d'une autre. L'allocation des fonds aux associations socio-culturelles est aussi un des aspects a etre determiné d'avance. Derniere remarque....c'est une utopie que de penser que la nouvelle generation ne soit pas impregnée du sentiment communal....au mieux, il s'agit d'un demon qui sommeil meme dans les jeunes, une force latente dont les politiciens ont la recette de reveiller. Ils trouvent le moyen, par le jeu communal, de faire en sorte que le jeune se sente menacé de par le fait qu'il appartienne a une communauté. IL FAUT PRENDRE EN CONSIDERATION QUE LE FACTEUR COMMUNAL TOUCHE AVANT TOUT A LIDENTITE DE LINDIVIDU...LE FAMEUX FACTEUR IDENTITAIRE....et ceci selon moi (mais je ne suis pas psy) ne s'efface pas, ne s'enleve pas. Meme si cela est possible c'est un processus qui prendra tellement longtemps et qui demandra tellement de volonte de la part de nos politiciens que cela me semble une vaine tentative. Encore une dernire chose...des lois bien reflechies et pratiques, vraiment adaptées au probleme du communalisme viendront completer la serie de mesures visant a enrayer toute tentative dissimulee ou pas de reveiller ou d'exploiter ce facteur communal. Ceci est ma contribution a mon pays...je demande a Mons. Couronne, aux politiciens "genuine" et surtout aux journalistes de lancer le debat, de considerer ma proposition et de tou t mettre en oeuvre afin qu'on ne revive pas l'experience des dernieres elections. Si on n'arrive pas a tuer le communalisme, au moins on aura alors reussi a minimisé son impact, influence....Merci.
Par:-Richard Ravilland
Vous qui n'intervenez pas en tant que membre d''Amnesty International alors qu'on vous sollicite au sein de la société mauricienne..., de quel droit critiquez-vous la presse dont la liberté d'expression est le meilleur garant des libertés fondamentales à Maurice. Faites d'abord votre autocritique pour le bien d'Amnesty à Maurice. Vous n'avez de leçon à donner à personne.
Par:-Mohamed mauderbacus
Bravo linley pu se ki top fer mais fer v.o.h copran sa.
Par:-JJ
Je crois sincèrement que pour que le communalisme diminue et recul, il faut que toute cette génération des 50 ans à monter passe. Ce sentiment communal est grandement entretenu par cette génération de personnes qui a vécu la période pré et post indépendance (années 60 et 70) dans leur adolescence et leur jeunesse. L'après indépendance avec ses bagarres raciales, sa lutte des classes des partis politiques de l'époque, (PMSD, MMM). La plupart des mauriciens étaient engagés dans ces évènements et gardent une "trace" indélébile en eux. La génération née dans les années 70 et 80 n'ont pas connu cette période et sont donc bien moins marqués et axés sur le communalisme mais subissent encore l'influence de leur parents. Je dirais qu'il faudra attendre encore au moins un bon 20 à 30 ans avant que les choses changent réellement. Il y aura déjà plus de distance par rapports aux évènements liés à l'indépendance et la génération qui aura connu cette période aura passé. D'ailleurs, nous pouvons voir que nos jeunes d'aujourd'hui sont beaucoup plus enclins au mixage et ne considèrent pas le critère communale comme le fait leurs parents.
Par:-Charlie
Congratulations for a job well done. Keep it up Linley.
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