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Cassam Uteem : «La MBC fausse le jeu démocratique»
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Nazim ESOOF  |  26/04/2010

L’ancien président de la République commente la campagne électorale en cours et revient sur les spéculations qui ont circulé sur son éventuel retour dans l’arène politique.

■ Malgré la candidature de votre fils, Reza Uteem, sous la bannière mauve, vous avez fait preuve d’une certaine neutralité, jusqu’à ce que Pravind Jugnauth tienne certains propos. Peut-on toujours vous considérer comme neutre aujourd’hui ?

Personne ne peut être totalement neutre. Mais j’insiste sur le fait que ce ne sont pas les propos outranciers de Pravind Jugnauth qui vont me faire prendre une position que je ne souhaiterais pas prendre. En tant que citoyen mauricien, j’ai droit à une opinion politique. Tout le monde connaît mon opinion sur les forces politiques actuelles. Je ne crois pas avoir caché ma préférence. Peut-être qu’arrivé un moment, je la dirais clairement. En temps et lieu, je déciderai si je veux l’exprimer.

■ Vous avez, à un moment donné, évoqué le fait que ce ne serait pas une bonne chose que Paul Bérenger soit candidat au poste de Premier ministre. Vous maintenez toujours cette position ?

J’avais exprimé cette position parce que je craignais que cela ne provoque des dérives. L’on craignait qu’il y ait des confrontations communales. Désormais, puisque la décision a été prise au sein du Mouvement militant mauricien (MMM) pour que Bérenger soit candidat à ce poste, il faut tout faire pour éviter qu’il y ait du dérapage. Jusqu’ici, il y a eu quelques écarts, mais il semblerait que ce soit sous contrôle. J’espère que, jusqu’à la fi n, les leaders parviendront à contrôler les ardeurs de leurs lieutenants.

■ Que vous inspire la présente campagne électorale ?

D’abord, la nostalgie du temps, pas très lointain, où une campagne électorale était l’occasion de raffermir les liens d’amitié dans le militantisme, où les colleurs d’affiches n’étaient pas des «roder bout», mais des collaborateurs qui s’engageaient aux côtés des candidats pour faire triompher une cause dans laquelle on croyait tous fermement, de porter le message de l’unité ville/village, du changement pour une vie meilleure, de débattre des sujets qui préoccupent les électeurs afin d’arriver à trouver des solutions, de serrer les rangs afin de mater les gros trafiquants de drogue, de faire de ses rêves de jeunesse des réalités, de partager la misère des gens pour mieux les comprendre… Ensuite, la grosse déception devant les réalités de la campagne électorale d’aujourd’hui : des bases qui engloutissent des centaines de milliers de roupies, des agents qui ont relégué les militants au statut de figurants et qui se font payer rubis sur l’ongle, la vacuité des discours politiciens, le vide intellectuel et moral. Quel gâchis politique ! Enfin, des craintes pour mon pays, pour son unité dans la diversité devant l’assaut des démolisseurs et des fossoyeurs, pour le caractère free & fair de ces élections avec une Mauritius Braodcasting Corporation (MBC) qui fausse le jeu démocratique, pour le fonctionnement de ses institutions fondamentales dont certaines sont décapitées le temps d’une élection – Mauritius Examinations Syndicate, Central Electricity Board, ambassades, attachés commerciaux –, pour l’équilibre de notre société.

■ Quels sont, selon vous, les défis auxquels le pays sera confronté durant les cinq prochaines années ?

Avec la mondialisation, tous les pays du monde auront à faire face aux mêmes grands défis que sont le réchauffement climatique, la production de l’énergie renouvelable, la protection de l’environnement, l’utilisation optimale des ressources de la terre et de la mer afin de produire plus de nourriture. Les défi s prioritaires chez nous, c’est d’abord l’élimination de la grande pauvreté, la construction de logements sociaux, la réforme de l’éducation avec l’accent sur le préscolaire, l’élimination de la rat-race du primaire, l’accès au tertiaire à un plus grand nombre d’étudiants, la formation des jeunes, un nouveau mode de transport public et l’infrastructure en général.

■ Vous aviez évoqué à un moment donné un éventuel retour à la politique active. Que s’est-il passé par la suite ?

Il n’est pas facile pour un ancien président de la République de faire de la politique active et de se présenter aux élections au sein d’un parti politique. L’image du président au-dessus de la mêlée vous colle à la peau. Il y a eu surtout mes proches et mes amis qui, pour des raisons diverses, m’ont découragé de retourner dans l’arène politique. Pour faire de la politique active, vous devez avoir une santé de fer : je crains de ne pouvoir tenir longtemps la pression et le stress d’une vie de politicien. La possibilité de mon retour en politique, que j’avais moi-même évoquée publiquement, avait provoqué l’ire de certains «pense-petit» du Parti travailliste qui utilisèrent l’insulte comme argument, donnant l’impression que rien que cette perspective leur donnait la frousse !

■ Votre retour au sein du MMM a fait l’objet de toutes sortes de spéculations. Que s’est-il passé réellement ?

C’est surtout ma présence aux manifestations marquant le 40e anniversaire du MMM qui donna lieu à ces spéculations. Ensuite, il y a eu des rencontres entre le leader du MMM, Paul Bérenger, et moi-même. La presse a fait état des propositions que m’aurait faites le MMM : d’abord un partage du prime ministership avec Paul Bérenger ensuite le poste de Deputy Prime Minister. Ce n’était bien-sûr, que pure spéculation.

■ La communauté musulmane est très convoitée par les deux principaux blocs. Qu’est-ce qui motiverait son choix vers l’un ou l’autre camp ?

La communauté musulmane est très convoitée car son vote aux prochaines élections sera déterminant. Je pense que le choix de la grosse majorité de la communauté musulmane est déjà fait, et certains prévoient même un vote massif en faveur de l’Alliance du coeur. Je répète ce que j’ai dit il y a de cela plusieurs mois : l’or promis à la communauté musulmane s’est avéré être du vil métal. Les échos qui me parviennent font état d’un profond mécontentement des gens envers ceux en qui ils avaient placé leur confiance : les problèmes auxquels font face les habitants des circonscriptions à forte majorité musulmane – notamment à Port Louis – n’ont pas été résolus, qu’il s’agisse du logement, du travail, du traitement accordé aux marchands ambulants et des problèmes liés au trafic de drogue. Le sentiment qui prévaut chez les musulmans en général, c’est celui d’avoir été floués.

Propos recueillis par Nazim ESOOF

    

Commentaires

Par:-veerlen
En ramenant les problèmes des mauriciens à un problème d'une communauté, avec un passé politique et un fils dans le même parti, on peut difficilement admettre la neutralité. Que le lecteur fasse son opinion.
Par:-bonne
Un Past President doit etre un homme d'etat. On a assez des roder bout a l'ile maurice. Il faut avoir des sages. Quand on devient President, c'est un engagament vers la nation, de devenir un sage mauricien. On doit effectivement creer un groupe des sages. Ce groupe doit veiller a ce que ly a une bonne code de conduite a l'ile maurice qu niveau national. C'est ca la destinee de cassam uteem. Si Cassam veux devenir un rodeur de boute, il a le droit. Qu'il retourne tous les privileges dont li a droit etant un ancien president. Il n'a pas le droit moral d'agir etant ancien president et en meme temps roder boute. Il doit choisir. bonne
Par:-saraswatys
non cassam uteem, par sa interview la to fine mette toi a meme niveau de jugnath.. to na pas un example en politique jamais le peuple fine elir toi, ni jugnath com president .just par zot affinite politique qui sot fine nomme.to piti candidat qui lpinion qui to donner. cassam uteen mo tia contemp connais? combien to coute contribuable a traver letat...to salaire, pension loto, chofeur..ek privilege qui to gaingner? mo dimande moi si encore ena politicien avec lamour propre dans sa pays la?.
Par:-ledodo38
Je suis sidéré par les propos partisans de Cassam Uteem ! La politique à Maurice est vraiment folklorique! Il est libre d'avoir son opinion politique comme tout citoyen mais n'est il pas le "sage" et donc au dessus de la melée?
Par:-Aboo
de quelle neutralite parle t'on ? Mr uteem , dans l'article ci-dessus, fait de la politique ouverte pour le MMM. Assez.
Par:-democrate
L’ex-président Cassam Uteem a pris la bonne décision de ne pas s’engager à nouveau dans la politique active. Il doit préserver son image nationale contre toute tentative de dénigrement de la part des adversaires politiques de son fils candidat. Sa crédibilité transcende les divisions ethniques et les guerres de politique partisane. Cependant, Cassam Uteem est trop intelligent pour ne pas savoir que son silence est souhaité par l’alliance gouvernementale, qui désespère de pouvoir garder dans son giron un certain électorat qu’elle avait gagné à sa cause aux dernières élections. L’enjeu du scrutin du 5 mai est trop important pour qu’il n’affiche pas publiquement ses préférences politiques. Il s’agit d’élire un gouvernement qui mènera un combat efficace contre l’insécurité publique, la corruption, la pauvreté et la drogue – quatre problèmes qu’il prend à cœur. Il ne fait pas doute que l’alliance sortante veut préserver le statu quo alors que l’alliance opposée a plus de volonté de venir à bout de ces problèmes. Cassam Uteem croit peut-être que s’il affirmait son soutien moral à l’alliance qui est plus capable d’être à la hauteur des enjeux socio-économiques du pays, il s’attirerait les attaques hystériques de ses détracteurs potentiels. Mais il n’a pas à s’en faire. Le président en exercice a fait de la politique active en parrainant l’alliance bleu-blanc-rouge. Les bien-pensants ne lui reprochent rien par peur ou par indifférence. Cassam Uteem doit méditer cette pensée d’Albert Einstein: « The world is a dangerous place, not because of those who do evil, but because of those who look on and do nothing ». J’ajouterai ceci: “All it will take for evil to prevail is for good people to do nothing”
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