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Montée de la criminalité
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Jean Pierre Bertrand  |  07/01/2010

Ibrahim Koodoruth : «La justice a perdu sa force de dissuasion»

Le 1er janvier 2010, l’île Maurice s’est réveillée groggy en apprenant le meurtre d’un jeune homme à Quatre-Bornes. Et depuis, la rubrique des faits divers rapporte d’autres  cas du même genre.

Pourtant, nous ne sommes qu’au début  de la nouvelle année. Que nous réserve donc 2010 ?.

Devrons-nous craindre le pire ? Le sociologue et chargé de cours à l’Université de Maurice, Ibrahim Koodoruth, dans une interview accordée à lexpress.mu, ce mercredi 6 janvier, nous donne sa lecture de la situation.

QU- Qu’est-ce qui explique, selon vous, cette montée de violence?

IK- Les valeurs morales sont en pleine mutation. Tuer une personne est facile, et cela devient un acte banal. Il y a également la disparition des contraintes morales. L’action de faire du tort à l’autre est devenu banal. La conscience de faire du mal diminue dans le cœur des hommes et des femmes de notre temps.

La deuxième explication vient de la loi. Aujourd’hui, la loi ne joue plus son rôle de garde-fou. Les criminels perçoivent la loi comme une porte de sortie. Etre arrêté ne fait plus peur. Nous avons entendu récemment des menaces proférées en direction de l’inspecteur Tuyau : «J’ai des ministres dans la main». L’essentiel pour les récidivistes, c’est d’avoir de bons contacts : avocats, politiciens,…etc. La situation est telle que nous pouvons jouer de la loi. C’est tout un système qui ne fonctionne plus.

Les institutions s’écroulent, il n’existe plus de régulateurs dans notre société. Le crime est commis impunément. J’ai en tête de nombreux cas de crimes et de meurtres qui trainent en justice. Des procès qui durent des années et, pendant ce temps, le coupable est en liberté en attendant le verdict, où très probablement il y aura un non lieu, ou il sera innocenté. Les institutions pénitentiaire et judiciaire s’affaiblissent. Nous assistons à un effritement des institutions…surtout qu’il s’agit d’institutions  qui devraient nous assurer une certaine sécurité.

QU- Les institutions religieuses sont-elles dégagées de toute responsabilité ?

IK- Les institutions religieuses à Maurice ne jouent plus leur rôle. Elles ont également leur part de responsabilité dans cette montée de violence. Les religions des livres sacrés ont perdu peu à peu le sens de leur responsabilité dans la société. Elles ne fonctionnent plus pour guider les croyants sur le droit chemin. Elles s’égarent et n’arrivent plus à toucher le cœur des gens.

Si la situation s’est détériorée, c’est tout simplement parce que les institutions religieuses sont dépassées. Elles utilisent des méthodes dépassées et n’arrivent pas à communiquer leur message de paix et d’amour.

L’utilisation de la peur pour faire changer les gens, par exemple, est un procédé archaïque dans notre société aujourd’hui. Les institutions religieuses n’invitent plus à l’amour, mais elles font peur et restent hors du temps présent. Pour beaucoup de nos contemporains, la religion n’est plus porteuse d’espoir, mais devient une instance de condamnation.

QU- Comment les institutions religieuses en sont-elles arrivées là ?

IK- Les gens perdent actuellement confiance en la religion. Et pour cause, les institutions ne sont plus crédibles. Elles n’inspirent plus confiance puisque, pour la plupart d’entre nous, la religion ne fait pas bon ménage avec la politique. Leur message ne passe plus puisque les gens veulent que la politique soit la prérogative des politiciens, non pas celle des religieux. Selon moi, les religieux doivent se consacrer à l’étude de textes religieux. Que voyons-nous aujourd’hui ?  Les religieux se servent de la religion pour faire de la politique. C’est une erreur !

QU- Que préconisez-vous ?

IK – Les valeurs morales changeront avec le temps. Nous n’avons aucun pouvoir pour faire accélérer les choses de ce côté. Toutefois, l’enseignement de la morale auprès des jeunes doit être beaucoup plus assidu.

Ce que nous pouvons améliorer c’est le fonctionnement de nos institutions. Par exemple, la justice doit prévoir un «fast track» pour régler les affaires graves. La population doit comprendre que quand un crime est commis, la justice est là pour réprimander sévèrement ce geste. Plus une affaire traine en justice, plus les gens oublient les raisons du procès. Les hommes de loi devraient prendre conscience de l’aspect de moralité en jeu dans les cas de viols, meurtres, incestes…etc. Il ne s’agit pas de trouver, à tout prix, des vices de procédures. De pareils cas marquent la conscience collective. Ils sont érigés en exemple. Et c’est là où tout devient possible et permis.

La force policière agit rapidement, c’est louable, mais la justice devrait suivre rapidement. Ceci dit, la police doit continuer son effort pour être plus professionnel et présenter un visage beaucoup plus humain, accueillant et protecteur. La population doit se sentir en sécurité en présence des policiers, et non pas le contraire. Donc, j’encourage la force policière à continuer dans la même direction, mais, par contre, je recommande qu’on recadre les religieux par rapport à leur rôle au sein de notre société.

    

Commentaires

Par:-Jean Papier
Hey Antonio, qui sa banne livres sacrées qui pe predire ene nouveau religion la. Missier Koodoruth ena bien raison quand li dire qui pe servi la religion pou faire politique. Ala to mem ene l'exemple.
Par:-Antonio
je suis d'accord avec les analyses de mon. Koodooruth. L'humanité a vraiment grand besoin D'une nouvelle Religion comme prédit dans tous les livres Sacrées. Il est temps de commencer la recherche de la Vérité. Dieu nous a jamais abandonne. C'est l'unité de l'humanité qui est primordiale pour ce siècle.
Par:-Patrice
C'est très bien qu'on en parle. Il se passe des choses dans notre petite Ile Maurice. Quelqu'un disait il y a quelques temps de cela que le taux de criminalité avait baissé à Maurice. Je pense que la personne s'est probablement trompée d'année, il s'est bassé sur les chiffres de 1999. Il n'y à pas un jour qu'on n'entend pas des choses bizarres a Maurice. Encore une fois la loi devrait etre plus sévère.
Par:-Vik
Si on suit les conseils de M.Koodoruth, on a une chance de s'en sortir. Il faut arreter le 'jemenfoutisme'!!! Le gouvernement doit agir rapidement, pas simplement agir pour "nous banne".
Par:-Rudolph J
As a memeber of Chambers researching and Updating MAURITIUS CLIENTS we are very conscious that the MAURITIAN Authorities may have lost control. The Police FORCE is well equipped and it's allocated resources better than most yet it has failed and is failing to reassure. It needs a fundamnetal Organisation rethink as much as strategy. It;s officers more concerned with attending international Conferences than their functions or it's effectiveness or lack. The Justice system may not be able to more than confinement which in the mauritius context may not be different to normal civil life. Convicted persons of the Republic sghould be taken out of the island to othefr enevironment for a deep rethink and re education and survival outside the organised structure of Society that may help to achieve conformity and obedience to the Rule of LAW BUT such may be beyond the Political will of mauritius and sadly it's reputtation as a safe island is becoming very suspicious and more..............
Par:-Baltazar
Personne n'a le courage de poser des questions à Rama Valayden ? Pourtant il a été cité parmis les " best ministers" par un socioéconomique .
Par:-Le Juge
Bravo a Mr Koodoruth qui a su resume en quelques lignes les VERITABLES causes de la criminalite a Maurice. Je suis tout a fait d'accord avec ce qu'il dit...et a en croire les differentes reactions de la population mauricienne rapportees par la presse ecrite, il semblerait qu'une majorite de mauriciens n'a plus confiance en la Justice ou du moins en son fonctionnement. Mais pourquoi donc les pouvoirs publics ne bougent-ils pas?
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