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Shirin Aumeeraudy Cziffra: «L'Etat doit protéger les enfants»
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La Rédaction  |  12/12/2009

L’Ombudsperson for Children procède à un état des lieux de la situation des enfants à Maurice.


A partir de quel moment l’opinion publique a-t-elle compris l’importance du concept des droits des enfants?

Dès 1959, les Nations-Unies ont adopté une Déclaration relative aux droits de l’enfant. Trente ans plus tard, une Convention relative aux droits de l'enfant (CDE) a été votée à l'unanimité. Tout en reprenant les notions fondamentales de survie et de développement de l'enfant, la nouvelle Convention introduit le droit de l'enfant à la participation. Selon son âge et sa maturité, il jouit désormais des libertés d'opinion, d'expression, d'association, de pensée et de conscience. Il a aussi le droit d’accéder à des informations variées. L'Etat, les parents et même les médias ont leur rôle à jouer pour garantir ces droits. A Maurice, l'opinion publique commence à peine à s'intéresser à la question des droits de l'enfant. Et malheureusement, il y encore trop de gens qui n'acceptent pas qu'un enfant puisse avoir des droits.

A partir de quand ce concept a-t-il évolué de la théorie vers une compréhension de ses implications pratiques?

En cette année du vingtième anniversaire de la Convention, le bilan est mitigé. On a effectivement pu passer de la théorie à la pratique dans de nombreux pays, mais à des degrés divers. On ne peut cependant que progresser, ne serait-ce que parce que le mécanisme onusien est bien huilé. Il existe un comité chargé de surveiller l’application de la Convention par les Etats signataires, qui doivent déposer tous les quatre ans un rapport détaillé à ce sujet. Aucun Etat ne peut respecter la Convention à la lettre en l'espace de quelques années. Le Comité s'intéresse donc aux progrès accomplis à la bonne volonté, voire la bonne foi des Etats concernés. Une coopération internationale est même disponible pour les gouvernements qui ne disposent pas des ressources nécessaires.

Quels sont les principes fondamentaux des droits des enfants?

La Convention comporte quarante droits. Les droits de l'enfant sont bien-sûr des droits humains: inhérents à la personne humaine, interdépendants, indivisibles et inaliénables. Ils s’appuient sur deux principes fondamentaux: la non-discrimination (article 2) et l'intérêt supérieur de l'enfant (article 3). Par ailleurs, la Convention contient tous les droits civils, sociaux, économiques et culturels. En plus des libertés dont on a parlé plus haut, l'enfant a le droit à une identité, un nom, une nationalité et des relations familiales. Il a le droit d'apprendre et de parler sa langue et de vivre selon les coutumes de sa famille. Il a aussi droit à des soins de qualité, à de l'eau potable, à de la nourriture, à un environnement propre et à un niveau de vie suffisant. Il a le droit d'être protégé contre toute forme d'exploitation, notamment économique, ainsi que le travail nuisible à sa santé s'il est employé entre seize et dix-huit ans.

L’un des droits les plus importants est l'accès à l'éducation de qualité sans discrimination. La Convention précise que le but de l'éducation est de favoriser l'épanouissement de la personnalité de l'enfant et le développement de ses dons et aptitudes physiques et mentales. A l'école, on doit aussi lui inculquer le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et le respect de ses parents. Ces derniers doivent le guider dans l'exercice de ses droits en lui apprenant qu'il doit aussi respecter les droits des autres. 
L'Etat doit protéger les enfants contre la maltraitance, les violences sexuelles, les pratiques sexuelles illégales, la prostitution, la pornographie et l’abus de drogues ou d’autres substances nocives.

Aujourd’hui, quel est l’état des lieux peut-on faire des droits des enfants à Maurice?

Nous avons beaucoup progressé. Le Child Protection Act et beaucoup d'autres lois protègent les enfants. Nous avons aussi des mécanismes ainsi que des institutions pour garantir leurs droits. Malheureusement, bien que l'éducation soit gratuite et obligatoire jusqu'à seize ans, 35 % des élèves sont exclus du système éducatif au moment du CPE. Notre système éducatif n’est pas encore capable d'assurer à tous les enfants sur un pied d'égalité un enseignement de qualité et adapté aux besoins de tous. Même les 65% qui réussissent n'ont pas toutes les compétences de base pour réussir leur vie. La violence extrême qui perdure en ce moment à Maurice a un effet néfaste sur les enfants et constitue un cercle vicieux qu'il faudra briser. Il y a en ce moment un mal-être généralisé qui a un impact négatif sur les enfants. Il est urgent que les secteur publics et privé ainsi que la société civile travaillent de concert pour mettre en place des stratégies à court et moyen termes qui puissent prévenir, voire éliminer cette violence.

Est-ce que l’Etat met en place les ressources nécessaires pour faire respecter les droits des enfants?

On n'a jamais suffisamment de ressources dans le domaine social. Il est pourtant évident que la prévention coûte moins chère que le traitement de la maltraitance, de la violence, voire du crime. Les coûts en termes d'aide juridique, sanitaire, psychologique, thérapeutique, de même que les investissements dans les services judiciaire, pénitentiaire et policier sont énormes. Il faut cependant reconnaître que le ministre des Finances a introduit un certain nombre de mesures pour financer les ONG qui s'investissent dans ce domaine, pour combattre la pauvreté extrême, pour encourager la scolarisation des enfants pauvres dès l'âge de trois ans en allouant à leurs parents un budget qui comprend toutes les dépenses scolaires, y compris un repas par jour. Mais je suis convaincue qu'il faut plus de psychologues et de foyers spécialisés pour des enfants qui ont des problèmes spécifiques, qu'ils souffrent d'un handicap physique, mental, ou qu'ils aient un problème de comportement.

Est-ce qu’il existe des couches sociales et des régions géographiques où le non-respect des droits des enfants est le plus prononcé?

Bien-sûr. Heureusement que certaines ONG y travaillent de manière assidue. J'essaie, pour ma part, de convaincre les autorités, y compris les collectivités locales, de prendre en charge de manière urgente l’amélioration de l'environnement physique de ces régions qui peuvent, en très peu de temps, être assainies si on y installe les infrastructures de base. A la mairie de Beau-Bassin-Rose-Hill, nous l’avons fait pour les faubourgs dans les années soixante-dix et quatre-vingt. Je pense aussi que la National Empowerment Foundation devrait aider les habitants de ces régions.

(ndlr: Cette interview est parue dans le supplément Dime d’Amnesty International Maurice, inséré dans l’express version papier)

 

 

 

    
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