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Irène Alessandri: «Il faut donner la parole aux personnes handicapées»
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Béatrice HOPE   |  04/12/2009

La directrice de l’Association des Parents d’Enfants Inadaptés de l’Ile Maurice (APEIM) résume la situation des personnes vivant avec un handicap dans l’île.

La prise en charge des personnes handicapées a-t-elle connu une évolution depuis l’année dernière? Parlez-moi des points forts…

D’une part, il y a la prise de conscience. Elle évolue lentement mais sûrement.

Le Corporate Social Responsibility (CSR), prescrit par l’Etat, contribuera à la faire progresser davantage. A travers cette mesure, le secteur privé a l’obligation de s’intéresser et de venir en aide aux organisations non-gouvernementales (ONG). Dans cette logique, le secteur privé, public et les ONG pourront enfin travailler ensemble d’une façon plus constructive. Le CSR est un des changements majeurs pour les ONG cette année.

D’autre part, les ONG qui s’occupent des personnes handicapées se développent. De nouvelles associations sont nées dans ce domaine. C’est nécessaire et utile, à mon avis. Car les personnes vivant avec un handicap ont de nombreux besoins et le droit de bénéficier de services en matière d’éducation, de santé, de sports et de loisirs. Jusqu’à présent, c’est essentiellement les ONG qui fournissent ces services aux handicapés.

Et les points faibles? 

Premièrement, la sensibilisation est quasiment nulle, sauf lors de la Journée mondiale consacrée aux personnes en situation d’handicaps et lors de certains événements ponctuels. La journée internationale des personnes handicapées est commémorée un jour après celle de la lutte contre le sida. Quand je vois ce qui est fait pour conscientiser la population face à cette maladie, je réalise à quel point une conscientisation plus permanente et percutante fait défaut dans le domaine dans lequel je travaille.

Je pense qu’il faut donner la parole aux personnes handicapées qui ont des difficultés à exprimer leurs idées. Par exemple, les handicapés mentaux: les enfants autistes ou trisomiques sont deux types des 56 formes de maladies mentales que l’APEIM a répertorié. Souvent, ils ont besoin d’interprètes. Mais ces personnes handicapées ont des choses à dire. Pourquoi ne pas leur demander directement comment elles vivent et ce qu’elles ressentent? Il faut faire l’effort d’aller vers eux, et s’adapter à leur façon de s’exprimer. Il ne faut pas les isoler.

Deuxièmement, au niveau de l’Etat, il n’y a que le ministère de la Sécurité sociale qui semble avoir un domaine d’action bien défini par rapport aux personnes handicapées. Les ministères de la Santé et de l’Education sont en reste.

Le ministère de la Santé, surtout, est le moins dynamique de ces deux derniers. Nous-mêmes, nous ne sommes pas au courant des nouvelles dispositions que le ministère a prises concernant les personnes vivant avec un handicap, s’il y’en a!

Concernant le ministère de l’Education, cet organisme a mis en place, depuis 2003, avec la Special Education Needs Unit, l’allocation d’éducation spéciale. En 2005, il a promulgué une politique qui est très peu appliquée jusqu’à présent. L’inclusion scolaire des enfants handicapés n’est pas vraiment effectuée au niveau de ceux ayant un handicap mental. L’inclusion scolaire des enfants ayant un handicap physique est également très faible. Si elle existe, c’est grâce à l’effort personnel des parents ou de l’école. 

Troisièmement, la prise en charge des polyhandicapés, personnes souffrant de plusieurs handicaps, est très lourde à vivre pour leurs familles. Les tuteurs reçoivent le «carer’s allowance», et la personne handicapée la pension d’invalidité mais ce n’est pas suffisant. Il faut que l’Etat alloue des auxiliaires pour épauler ces familles dans la prise en charge ou qu’il vote des lois permettant aux parents de jouir de plus de flexibilité au travail.

Quatrièmement, les travailleurs sociaux qui s’occupent des personnes handicapées ne sont pas reconnus comme des professionnels. Pourtant, ils sont formés et continuent de se former. Les ONG font appel à des formateurs étrangers et cela coûte cher de les faire venir. Il n’y a pas d’autre moyen que de les former professionnellement à Maurice. L’Etat devrait reconnaître ces travailleurs sociaux formés, leur travail auprès des handicapés est un métier.  Il est impératif que le gouvernement entreprenne un exercice de validation de leurs acquis et de leurs expériences.

 

    
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