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Usain Bolt : « Je ne suis pas une machine »
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  |  01/12/2009

 

 

 

 

 

 

 

 

Elevé au rang de phénomène depuis son triomphe aux Jeux de Pékin, le Jamaïcain vient d’être élu sans surprise athlète de l’année 2009 par la Fédération internationale d’athlétisme.  L’aboutissement d’une saison où il a encore repoussé les limites du sprint, décrochant trois titres mondiaux. Jusqu’où ira-t-il ? Lui-même l’ignore. Mais il promet de faire encore parler la foudre.

Que retiendrez-vous de votre année 2009 ?

Usain Bolt : J’en retiendrai le souvenir d’une année fabuleuse. D’une certaine façon, une saison encore plus exceptionnelle que la précédente, où j’avais pourtant décroché trois médailles d’or olympiques et autant de records du monde.  J’ai été victime d’un accident de voiture, chez moi en Jamaïque, plusieurs mois avant le début des compétitions, à une période où j’aurais dû m’entraîner à fond. Du coup, j’ai manqué beaucoup de séances de travail. Ma préparation a été perturbée. J’ai été obligé de m’impliquer encore plus dans l’entraînement, de faire un travail sur moi-même.

Malgré les apparences, tout n’a donc pas été facile ?

Non. J’ai dû bosser deux fois plus pour rattraper mon retard. Je n’ai pas pu honorer certains contrats.  Il m’a fallu être extrêmement concentré, et à la fois très patient. Pas facile.

Cette année a aussi été, pour vous, l’occasion d’effectuer votre première visite en Afrique, au meeting de Nairobi, au Kenya. Quel goût vous a laissé ce voyage ?

J’ai trouvé l’expérience formidable. J’ai été accueilli là-bas avec beaucoup de chaleur et de gentillesse. Et j’ai pu découvrir que je possédais au Kenya un immense fan-club. Mes origines sont en Afrique, comme la plupart des Jamaïcains. Mais je n’en sais pas beaucoup sur cette question. En réalité, j’ignore un peu d’où je viens. Mais ma mère s’en rendue en Afrique, à son tour, pour essayer de trouver d’où viens ma famille, par où elle est passée. Elle a mené des recherches. J’en saurai un peu plus au cours des prochains mois.

On raconte que vous adopter un félin…

C’est vrai, j’ai adopté un guépard. Je vais l’appeler Usain Bolt. J’avais l’idée de m’entraîner avec lui pour améliorer mon départ, mais j’ai peur que ce soit difficile à réaliser !

Qu’attendez-vous de l’année 2010 ?

A la différence de deux dernières, elle est assez creuse en terme de grandes compétitions. Il n’y aura ni Jeux olympiques, ni championnats du monde. C’est une bonne chose. La pression sera moins forte, je serai plus détendu, j’aurai plus de plaisir à courir. Je n’aurai pas besoin de programmer ma préparation pour être en forme le jour J. La forme arrivera quand elle arrivera, on verra bien. Mais je ne vais pas négliger cette saison. Simplement, je vais me concentrer sur la lutte avec mes deux rivaux, Asafa (Powell) et Tyson (Gay). Cette lutte à trois s’annonce très excitante.

Vous avez habituez les gens à battre vos records du monde, sur 100 et 200 m, à chacune de vos sorties en grandes compétitions. La suite de votre carrière peut vous voir aller encore plus vite ?

Je ne sais pas. Honnêtement, il m’est impossible de savoir jusqu’où je peux aller. Je prends les années les unes après les autres. J’essaye d’être au meilleur de ma forme à chacune de mes courses, pour répondre à l’attente des gens. Mais je ne suis pas une machine.

Comment réagissez-vous à la défaite ?

Je n’en ai plus tellement l’habitude. Mais j’en ai connues, quand j’étais plus jeune. Et encore récemment, sur 200 m, à Stockholm. J’analyse alors ma course, pendant des heures, à la vidéo, pour essayer de comprendre et de découvrir mes erreurs. La défaite ne m’affecte pas. Elle me pousse au contraire à travailler plus. Elle renforce ma motivation. Mon coach m’a toujours répété, depuis longtemps, que je devais apprendre à perdre avant de savoir gagner.

Aujourd’hui, vous croyez encore la défaite possible ?

Je fais confiance à Asafa Powell et à Tyson Gay pour tout tenter pour me battre. Je n’aurai pas le droit de me présenter face à eux en forme moyenne. Mais je crois qu’il sera difficile de me battre. Surtout dans les grands championnats.

Si vous deviez avoir un objectif pour l’année 2010, un seul, quel serait-il ?

Arriver au bout de mes courses. Tout simplement. Ca parait évident, de loin, mais ça ne l’est pas.

Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d’athlétisme, aime raconter avoir pensé, lorsqu’il vous a vu pour la première fois sur une piste, que vous battriez un jour le record du monde du 400 m. Vous aviez alors 14 ans. A cette âgé là, comment imaginiez vous la suite de votre carrière ?
A 14 ans, je ne pensais pas au 400 m, même pas au 100 m. Je disputais alors seulement le 200 m. Et je regardais Michael Johnson, le meilleur au monde sur la distance, en me disant que mon rêve serait de devenir un jour, comme lui, champion olympique du 200 m. Je ne pensais pas aux records du monde. Et je n’imaginais pas que je deviendrai un jour une telle figure de l’athlétisme.

Tenterez-vous bientôt l’aventure du 400 m, ne distance où les spécialistes vous promettent un nouveau record du monde ?

Non. Je vais préparer les Jeux de Londres en 2012 sur 100 et 200 m. Le 400 m, le saut en longueur, on verra plus tard.

A vos yeux, quel est le plus grand athlète de la décennie ?

Je ne sais pas. On ne peut pas répondre à la légère à une telle question. Il faut réfléchir, comparer, se pencher dans les livres d’histoire.

En France, la main de Thierry Henry lors du match retour des barrages contre l’Irlande a déclenché un débat national. Vous en pensez quoi ?
J’ai vu son geste à la télévision. Mon agent, Ricky Simms, qui est un peu devenu comme un deuxième père pour moi, est Irlandais. Alors je sais qu’il aimerait que je réponde que la France devrait formuler des excuses à l’Irlande. J’ai trouvé cette action injuste et affligeante. Mais je ne jetterai pas la pierre à Thierry Henry. Il a agi ainsi dans le feu de l’action. Il est très difficile de savoir comment on réagirait dans une telle situation.

Propos recueillis par Alain Mercier pour www.lexpress.mu

 

 

    
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