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Sophie Le Chartier: «Le simple fait d’être une femme, à Maurice, n’est plus une sécurité»
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Jean-Pierre Bertrand  |  24/11/2009

La coordinatrice de SOS Femmes estime que la violence sur les femmes vient surtout du fait que notre système de socialisation est patriarcal.


Sommes-nous dans un contexte d’exacerbation de la violence sur les femmes?

Les statistiques, enregistrées à la police et au ministère de la Femme, le démontrent: les violences sur les femmes sont en augmentation. L’horreur de la violence est également démultipliée. Les femmes, tuées par leurs maris ou des sexagénaires qui se font agressées, deviennent des cas de plus en plus courants. Les chiffres le montrent, ces cas sont en hausse.

Quels sont les types de violence qui sont les plus récurrents?

Il faut considérer le contexte international et le contexte mauricien. En Asie et en Afrique, les violences sur les femmes existent également. Le viol est utilisé comme une arme de guerre de génocide. Et leur nombre est en augmentation. Les filles, dès la naissance ou avant de naître, sont tuées parce qu’elles sont des filles. Il y a aussi ces cas de féminicides, où mettre au monde un garçon est beaucoup plus valorisant. Dans le contexte mauricien, on a des violences sexuelles dans le mariage ou hors mariage. Sans compter les cas de violences physiques, économiques, psychologiques et spirituelles. Il ne faut pas relativiser les femmes qui sont victimes de ces cas de violence. Un cas de violence psychologique, c’est une femme qui est malheureuse dans son couple. Un cas de violence économique, c’est la femme qui travaille et le mari qui ne travaille pas et elle doit donner tout l’argent à son mari pour que son mari aille boire.

Qu’en est-il de la sécurité des femmes dans les lieux publics?

Il ne faut pas tomber dans l’extrême de la paranoïa. Ces dernières années, nous avons observé à Maurice que la femme n’est pas en sécurité. Cet état des faits existe depuis longtemps. Que ce soit dans le bus ou ailleurs, les femmes sont agressées sexuellement ou victimes d’attouchements en chemin. Nous tombons dans un autre extrême maintenant où les femmes ne sont pas seulement agressées mais tuées. De jour comme de nuit, par le simple fait d’être une femme n’est plus une sécurité. Même chez soi, les femmes ne sont pas en sécurité. On se pose la question, quand est-ce que le gouvernement prendra en considération la sécurité des femmes?

Comment expliquer le fait que les femmes soient victimes d’une violence aussi barbare aujourd’hui?

Les femmes ont toujours été victimes de violence. Cela a été ainsi depuis la construction de notre société. Cette violence vient du fait que nous avons une vision de la femme comme un objet, une commodité qu’on peut vendre et utiliser. Cette violence vient simplement du fait qu’on naît femme. C’est une conception inégalitaire de la femme, c’est-à-dire comme un être inférieur à l’homme. On a toujours dépeint la femme comme un être vulnérable, physiquement, psychologiquement et socialement. Donc, c’est une vision de la femme comme ayant un statut inférieur. C’est la faute à notre système d’éducation, notre mode de socialisation et d’instruction. Nous vivons dans un système patriarcal.

Qu’est-ce qui poussent certains, selon vous, à commettre des actes inhumains sur les femmes?

A ce jour, il est très difficile de dresser le profil d’un agresseur. Nous entrons, actuellement à Maurice, dans une ère où la violence en général et surtout la violence envers les femmes est banalisée. Les hommes pensent qu’ils peuvent tout faire sans impunité. On valorise un garçon par le simple fait qu’il doit être violent. Ajoutons à cela, la frustration d’un bon nombre d’hommes qui ne savent plus comment gérer leur colère, une colère intérieure. Et cette colère est généralement dirigée contre la femme. La femme devient alors l’exutoire, le «punching ball». Il faut sanctionner plus sévèrement ces agresseurs et renforcer la loi parce que cela devient quelque chose de banal.

Votre association compte mener une campagne agressive pour une société plus juste à l’égard des femmes, qu’entendez-vous par là?

SOS femmes existe depuis 1988. Actuellement, nous voulons que nos campagnes touchent au plus profond la société. A travers, entre autres, des campagnes médiatiques agressives. Des campagnes d’information, d’éducation et non pas une simple campagne de cinq jours. Nous voulons proposer des activités et des programmes pour sensibiliser, informer et éduquer la population mauricienne à avoir des relations de non-violence. A lutter contre la violence envers les femmes. Ce qui veut dire que cela doit se faire tout au long de l’année. Il faut mener une campagne en continu. C’est intervenir dans le système de socialisation depuis l’école.

    
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