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Interview de Vijay Makhan
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  |  29/11/2008

Vijay Makhan : « Moi, je dis que nous sommes des Africains »

Comment étiez-vous arrivé à la diplomatie?
A l’université, j’ai étudié l’histoire avec une dose de sciences politiques et d’économie. C’est l’un de mes oncles, Beekramsingh Ramlallah, et un de ses amis qui m’ont convaincu qu’on pouvait faire carrière en diplomatie. Ils m’avaient rendu visite en Inde, où j’étudiais, et m’ont dit que le pays avait besoin de diplomates. C’était suffisant pour m’amener à réaliser ma thèse universitaire sur le thème des perspectives africaines pour le futur de l’ONU.
Est-ce qu’aujourd’hui, la diplomatie économique a pris un nouveau sens?
Le défi à venir est toujours économique, surtout avec la globalisation. Mais, paradoxalement, tout en étant dans la mouvance globale, il faut aussi savoir poser son identité propre pour avoir droit au chapitre. Pour moi, c’est la qualité de la globalisation qu’il faut cibler. Et cette qualité, on la réalisera si on a les bonnes personnes aux bonnes instances et aux bons moments. Le défi, c’est donc aussi valoriser les ressources humaines. Faire en sorte que Maurice retrouve confiance en elle.

Vous plaidez pour une diplomatie plus active vis-à-vis de l’Afrique. Qu’est-ce qu’on a à y gagner?
D’abord, il faut se poser la question de savoir si on a une politique africaine? Moi, je dis que nous sommes des Africains. A un moment, on a été très agressif en Afrique. Mais moins à présent. On se dit donc Africains. On a la prétention d’être le pont entre l’Afrique et l’Asie. Cependant, nous n’avons pas de politique africaine! C’est une contradiction, voire une aberration! Depuis 2005, le Premier ministre de Maurice est absent aux Sommets de l’Union africaine! Or, c’est un chef de gouvernement qui établit plus facilement un réseau. Dans ce monde de la globalisation, il faut mettre l’accent sur la solidarité. Lorsqu’on n’est qu’une voix, on est inévitablement isolé. Pour que sa parole ait du poids, il faut des alliés. Il ne faut pas seulement travailler un dossier lorsque c’est dans son intérêt. Le soutien à l’autre vous garantit son soutien au moment où vous en avez besoin. En ce sens, il serait souhaitable de parler du coton de Bénin ou de Mali pour qu’ils parlent de votre sucre, de votre Chagos… Il est temps de sortir de son nombrilisme pour évoquer non seulement la coopération régionale mais surtout l’intégration régionale et continentale.


Comment vous êtes-vous décidé à vous joindre à la politique active?
Un diplomate et un haut-fonctionnaire qui vous disent qu’ils ne s’intéressent pas à la politique ne font pas honneur à leur métier. Moi, j’ai fais le choix de franchir le pas vers la politique active. Si je ne l’avais pas fait, je n’aurais eu aucun droit de théoriser ou de moraliser sur la politique confortablement installé dans mon salon. Quelque part, je dois quelque chose à mon pays. Mon parcours, je le dois à mon pays. Et l’expérience acquise doit être partagée. Ma carrière étant derrière moi, je n’ai rien à prouver. Mais j’ai encore à me prouver, à prouver à mon pays que je peux le servir à travers la politique.

    
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