mercredi 23 mai 2012
Lexpress.mu en page d'accueil | newsletter | archives | rss
header
Météo Avis de décès Horoscope   
header
Arnaud Carpooran: «C’est logique d’enseigner l’enfant dans la langue qu’il comprend»
Modifier la taille du texte:A | A

Imprimer

Envoyer

Commentaires

Sauvegarder

Noter l'article

Partager et classer cet article

Béatrice HOPE  |  02/08/2009

Chargé de cours à l’université de Maurice, le linguiste livre ses réflexions sur la pertinence d’introduire le créole comme médium d’enseignement les écoles.

Pensez-vous que chercher à introduire la langue maternelle dans les institutions et écoles mauriciennes soit juste?

Dans la plupart des pays du monde qui n’ont pas été colonisés, l’enseignement dans une salle de classe s’effectue dans la langue que parle l’enfant. Par contre, dans les pays colonisés, la langue qui est venue se superposer à la langue de l’enfant est celle dans laquelle son instituteur s’exprime. Je trouve logique d’enseigner l’enfant dans la langue qu’il comprend le mieux. Si l’enfant doit apprendre quelque chose d’inconnu dans une langue qu’il ne connaît pas, cela fait deux inconnus. C’est donc plus difficile pour lui.

Mais il semblerait que ce n’est que maintenant que tout le monde se rend compte de l’importance de lui enseigner dans sa langue maternelle…

C’est normal. Car c’est la colonisation qui impose des langues autres que la langue maternelle. Il faut beaucoup de temps, quand un pays devient indépendant, pour que la langue, qui a été écartée pendant longtemps, retrouve sa place dans l’institutionnel et le système. C’est plus compliqué quand il s’agit d’une langue non-écrite, comme dans le cas du créole.

Il faut laisser à cette langue le temps de s’équiper et de se développer à la fois, en termes de vocabulaire et de grammaire. Elle doit s’enrichir de nouvelles tournures grammaticales et, particulièrement, de variété sociale et de registre formel ou informel.

Depuis ces dernières 10 à 15 années, il y a eu une accélération dans le processus de normalisation du créole mauricien. Cette progression est due à des facteurs tels que l’échec scolaire chronique dans certains milieux et des groupes d’âge précis, ainsi que le développement des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC). Un autre facteur est la perception de la population, elle-même. Aujourd’hui, les Mauriciens sont moins complexés et sont beaucoup plus ouverts sur le monde extérieur. Une des conséquences de la mondialisation est la valorisation de ce qui définit un pays sur le plan local. Les Mauriciens sont plus ouverts au créole, mais bien sûr, certains auront toujours des craintes et des réticences.

L’emploi du créole n’est pas nécessaire qu’au niveau de l’enseignement… Peut-être qu’il faudrait également considérer l’aspect légal. Votre avis.

«Nul n’est censé ignorer la loi». C’est un principe juridique fondamental. Or, pour qu’il soit efficace dans son application, encore faut-il que l’Etat se mette à disposition du «judiciable», en rendant la loi compréhensible pour celui-ci.

Mais si le créole retrouve sa place, cela ne risque-t-il pas d’handicaper les Mauriciens au niveau des langues les plus employées dans le monde?

L’un n’empêche pas l’autre. Le cerveau de l’être humain n’est pas un récipient restreint. Il peut assimiler plusieurs langues. Le cerveau est un muscle. Comme un muscle, il prend de l’ampleur au fur et à mesure qu’on l’entraîne. D’ailleurs, l’Homme devient plus intelligent quand son esprit est ouvert.

Le Bureau d’Education catholique (BEC) vient de rendre publique une étude, menée par des experts, sur la nécessité d’introduire le créole dans l’enseignement. Qu’en pensez-vous?

Je pense que le BEC a bien fait de commander une étude par des experts à ce sujet. Maintenant, nous disposons de données empiriques qui nous permettront de construire une pédagogie à partir d’informations solides. Le BEC sait, aujourd’hui, dans quelle direction avancer. Car auparavant, nous n’avons eu droit qu’à des débats, avec de nombreuses spéculations.

Vous avez produit un dictionnaire en créole, n’est-ce pas?

Oui. La production d’un dictionnaire ne constitue qu’une étape dans le processus d’aménagement d’une langue, en vue de son utilisation dans les institutions.

Mais ce processus est sans fin.

Qu’avez-vous donc à dire sur le créole?

Les langues créoles, en général, sont les plus jeunes de l’histoire de l’humanité. Elles sont plus dynamiques, souples, vivantes…  Elles sont actuellement celles qui sont plus à même d’exprimer ce que le monde moderne vit et s’apprête à vivre, étant donné leur relative jeunesse. Les langues mortes ont décrit le monde d’autrefois.
Je dirai que les langues créoles appartiennent au futur. Aussi, le créole mauricien est la seule et unique langue la mieux armée pour exprimer ce qu’il y a de spécifiquement mauricien en nous. Il n’existe pas un Mauricien, digne de ce nom, qui ne comprenne pas le créole.

 

 

 

    

Commentaires

Par:-Shah A.M Mungly
@ el creolo Mo repon twa par parol Arnaud: Les langues créoles, en général, sont les plus jeunes de l’histoire de l’humanité. Elles sont plus dynamiques, souples, vivantes… Je dirai que les langues créoles appartiennent au futur. Aussi, le créole mauricien est la seule et unique langue la mieux armée pour exprimer ce qu’il y a de spécifiquement mauricien en nous. Il n’existe pas un Mauricien, digne de ce nom, qui ne comprenne pas le créole. Mo partaz mem lidé. .. Lagazet en Creole ena deza .Lalit Travayer Etan doné nu p al ver enn Nuvo System dan ledikasyon nu ban zenfan kifer Nu ban Media Informasyon pa donn enn kut zepol. Eski li osi difisil? Ensam anou enrisi nu kiltir.
Par:-piments fort
comment est-ce possible de penser et de croire à une chose pareille quel sera l'avenir de cette génération dans le monde internet.
Par:-el creolo
Cher Shah A.M Mungly, éffectivement, les journaux se vendront peut etre mieux, si on y écrivait en créole. Sauf qu'il faut bien comprendre les points soulevés dans l'actualité. On parle d'utiliser le créole comme methode d'explication en classe, et non de traduire les matières enseignées en créole. Car, il n'existe pas encore chez nous de grammaire créole. Le Créole Mauricien n'est qu'une langue parlée seulement, du moins, pour l'instant. Sans une grammaire propre, le journaliste ne peut pas écrire en créole, car jusqu'à present chacun l'écrit comme il l'entend... Ca viendra, certes, mais pour l'instant le journaliste utilise une langue qui possède une grammaire OFFICIELLE. Car celui ci et contraint de diffuser de l'information fiable, et ne peut pas faire dans l'à peu près...
Par:-MNC
Evidemment Arnaud. Sauf que vous faites abstraction du fait que une grande partie de la population de Maurice pense que son intérêt requiert le refus de la logique. Le genre de situation qui a occasioné les révolutions à travers l'histoire.
Par:-koze
Excellente analyse car pertinente et très réaliste.
Par:-Shah A.M Mungly
Dear Sir, did you received my 'commentaires' which i posted yesterday ? Thankyou for your reply Shah
Par:-Emiliano Z
Bravo Arnaud, kot mo kapab fer komann enn diktyoner kreol?
Par:-Shah A.M Mungly
Paret kimadir lepok Kolonyal p al mor. Finalma pu ena enn Vre Nasyon Morisyen. Enn ti kesyon? Kifer buku zurnalis Onté pu ekrir zot lartik dan Nu lang Maternel (sirtou ban Intervyu en Creole ) Eski pa finn Ler pu ki ena enn ti lespas en Creole dan zot zurnal? Ki Redacter ena pu dir lo sa propozisyon la? Mo sur Zurnal pu plis vendé....
Vos Commentaires open close
Autres interviews
Dominique Dherve : «Ces plantes qui reviennent sont des porte-drapeaux»
C’est un projet tout à fait exceptionnel : ramener des espèces endémiques disparues à la vie et les réintroduire dans nos forêts. L’une de ses chevilles ouvrières nous raconte comment quelques cellules d’une graine peuvent sauvegarder une espèce toute entière et bien plus encore. Le Directeur du Conservatoire botanique national de Brest nous en parle.
 [2]
Jean-Claude de l’Estrac: « Je trouve la nation plus forte que beaucoup d’entre nous s’imaginent »
La nation, la citoyenneté, l’éthique. Ces sujets ne sont pas souvent débattus. Jean-Claude de l’Estrac qui a été éditorialiste, auteur d’ouvrages sur l’histoire de Maurice et ministre de la République les aborde et se prononce avec une clarté qui témoigne d’une réflexion approfondie sur ces thèmes à portée sociétale.
 [8]
Bissoon Mungroo, proche collaborateur de Sir Anerood Jugnauth : «Ramgoolam a piégé le MSM avec Medpoint»
Bissoon Mungroo, proche collaborateur de sir Anerood Jugnauth (SAJ) – le seul à avoir été présent au Réduit le jour de l’annonce de sa démission – affirme que les gens ont peur de montrer leur soutien à l’ancien président de la République par peur de représailles. Presque deux mois après la démission de SAJ, il déclare que ce dernier n’est pas déçu du manque de momentum, mais qu’il est, au contraire, en train de labourer le terrain.
 [12]
Rekha Issur-Goorah : “Where there is proposed reform, there is resistance”
It was an unpretentious, calm and down-to-earth registrar that we met to try and shed some light on the polemic which has rocked the university this week. She agreed to give her side of the story. A side which is little known.
 [7]
Jairaj Sonoo : «Une plus grande ouverture du capital au public prochainement»
Le CEO de la Bramer Bank commente la performance de l’institution qu’il dirige.
Actualités|Sports|Génération Y|Mauriciens d'ailleurs|Opinion|Jobs|Immobilier|petites annonces
Contactez Nous | Code de Déontologie | Vos Commentaires | Sitemap
© Copyright La Sentinelle Limited 2010 | Designed & Hosted By: Designed & Developed By 4C plus