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Vinesh Hookoomsing: «Le créole est le dénominateur commun des locuteurs mauriciens»
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Jean-Yves Chavrimootoo  |  12/06/2009

Comment accueillez-vous la décision du Cabinet de créer une Kreol Speaking Union? Qu’est-ce que vous inspire une telle initiative?

A vrai dire, je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention, d’autant plus que ce n’est qu’un grain parmi tant d’autres que comporte désormais le chapelet des Speaking Unions. Disons que c’est une manière de conforter le créole. C’est ainsi que la langue est désignée dans la «Cabinet decision» dans son statut de langue identitaire ancestrale. Une catégorisation qui permet de distinguer les ‘groupes linguistiques’, selon la terminologie consacrée dans le recensement de la population. Et si je ne me trompe, il est d’usage, chaque année, d’associer ces différents groupes dans l’élaboration du programme des célébrations de l’Indépendance. La langue créole, dénominateur commun de l’ensemble des locuteurs mauriciens, est désormais aussi revendiquée comme une composante légitime de la diversité linguistique. Et c’est cette légitimité que l’Etat vient d’étendre à plusieurs langues, dont le créole. Elle est plus symbolique qu’autre chose. Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat!

La Fédération Créoles Mauriciens et la Mouvement Mobilisation Kreol Africain sont venus de l’avant pour demander l’introduction de la langue maternelle dans le cursus scolaire sur la base d’un argumentaire communal. Comment interprétez-vous cette démarche?

Je préfère le terme ethnique plutôt que communal. Je présume que la référence ici à la langue maternelle est d’ordre identitaire plutôt que pédagogique. C’est d’ailleurs dans ce sens que le recensement a, pendant un certain temps, utilisé le concept de langue maternelle: langue-mère, mother-tongue, comme dans motherland. Le créole rejoindrait alors l’arsenal des langues ancestrales pour défendre, protéger et promouvoir les valeurs du groupe. Leur démarche s’inscrit dans cette logique, tout comme celle de l’Association des profs de langue et culture créoles rejoint les regroupements des profs de langues dites orientales.

Est-ce qu’une telle démarche ne risque pas de desservir la cause?

Laquelle? Rappelez-vous le lever de boucliers lorsque le Premier ministre, après avoir pris bonne note de la cause créole pour le changement d’appellation – Créole à la place de population générale – avait lancé l’idée d’en finir avec les catégories ethniques définies par la Constitution et de les remplacer par ‘Mauricien’. Il y a une ethnicité créole qui est en train de se constituer sur les fondements classiques de la langue-culture-religion, pour compléter la couleur manquante à l’arc-en-ciel mauricien comme le disait le prêtre Jocelyn Grégoire.

Est-ce que la grafi-larmoni est prête à être utilisée pour la production de matériels scolaires?

Je le dirais autrement: la langue créole et sa graphie sont potentiellement prêtes. Il suffit de les utiliser pour que ce potentiel se réalise avec les aménagements nécessaires en cours de route. Les langues et leurs graphies ne sont pas des entités fixes/figées. Elles évoluent avec le temps et les changements sociaux.


 

    
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