La naine blanche

Les amateurs d’astronomie reconnaîtront le terme qui désigne une étoile – un soleil – en fin de vie. Politis, le sondage élaboré conjointement par DCDM Research et l’express dimanche semble en effet désigner clairement la naine blanche de la minuscule galaxie politique locale (voir pages 10 à 17). Elle s’appelle MSM.


Les conclusions du sondage politique, effectué sur une période longue (le premier trimestre 2013) et sur un échantillon conséquent (1800 personnes), sont implacables pour la formation politique de Pravind Jugnauth. Un chiffre résume à lui seul la désaffection dont est victime son parti : seuls 2% des Mauriciens interrogés disent soutenir le MSM. Soit un indice de proximité partisane identique à celui du PMSD dont sir Anerood Jugnauth (SAJ) disait, dans le temps, qu’il constituait les « cinq sous » servant à arrondir sa roupie électorale.


SAJ paraît désormais bien loin du compte. En démissionnant fin mars 2012 de la présidence de la République et en prenant le leadership du Remake de 2000, le leader historique du MSM s’était posé – avec la bénédiction de Paul Bérenger – en seul challenger légitime de Navin Ramgoolam. Toutefois, si les dirigeants de l’alliance MSM-MMM estiment que SAJ est de facto l’alter ego de Ramgoolam, les Mauriciens interrogés dans le cadre de Politis pensent le contraire. En effet, l’ancien président n’arrive qu’à la 5e place du palmarès des « Premier ministrables » du sondage. Cumulant une douzaine de points de retard sur le tandem Ramgoolam/Bérenger et devancé nettement par le travailliste Arvin Boolell et Xavier Duval.


La dyarchie MSM semble ainsi ne bénéficier ni d’un bonus d’ancienneté et d’expérience pour SAJ, ni d’une prime à la jeunesse. Car Pravind Jugnauth, le benjamin des « Premier ministrables », ferme le classement. Seules 25% des personnes interrogées le jugent apte à assumer la fonction de chef du gouvernement. Pourtant, sur papier, et depuis des mois, le MSM aurait dû profiter de la conjoncture favorable pour se requinquer dans l’opinion publique.

Avant même l’éclatement de l’affaire Nandanee Soornack, sir Anerood Jugnauth avait déjà sorti l’artillerie lourde pour dénoncer la relation spéciale liant le Premier ministre et la femme d’affaires. L’attitude de franc-tireur de SAJ semblait même assez appréciée par le grand public. Pendant ce temps, les interrogatoires marathon et les menaces d’arrestation de Pravind Jugnauth aidant, ce dernier avait presque réussi à se forger une nouvelle image. Grandement soutenu – du moins médiatiquement – dans sa démarche par Paul Bérenger. La cote de popularité du MSM, pouvaiton croire, aurait été proportionnelle à la vitesse à laquelle l’alliance MSM/MMM donne l’impression de se consolider. Mais les mauriciens ne l’entendent pas ainsi. En face, Navin Ramgoolam voit donc doucement se former un vide sidéral. Ce qui doit considérablement le soulager.

Car le Premier ministre aura beau fanfaronner, quelque part en lui sommeille la peur – voire le traumatisme – d’un remake de sa défaite surprise de septembre 2000. Quand une alliance MSM/MMM conclue à la dernière minute avait anéanti ses plans sur la comète d’une réélection. C’est ce qui a, par la suite, conduit Ramgoolam à jouer de manière compulsive la sécurité à travers une alliance bleu-blanc-rouge pour gagner les élections de mai 2010. C’est ce qui l’a amené également à envisager une entente avec le MMM pour s’assurer d’une victoire certaine à la prochaine échéance électorale.

Ramgoolam se retrouve donc plus ou moins dans la même configuration qu’en 2008. L’opposition est considérablement affaiblie par l’absence de Bérenger et le manque d’apport électoral du MSM. Cela va-t-il amener le leader des travaillistes à tenter de vaincre seul la guigne de 2000 ? Il en contemple peut-être l’idée en ce moment même... Ce que les citoyens doivent par contre contempler avec une certaine inquiétude, c’est l’écrasante domination qu’exerce désormais le chef du gouvernement sur la galaxie politique locale. Le penchant de Ramgoolam pour une certaine forme d’absolutisme est connu. Qui se manifeste dans son désormais célèbre « I dont give a shit » de ce que pensent les citoyens, l’opposition…et bien évidemment la presse.


Ce que la première édition de Politis démontre, c’est que quelque part, Ramgoolam entre dans une phase de règne caractérisée par l’absence de contrepouvoir. En astronomie, un phénomène décrit ce type d’aberration : c’est le trou noir. Celui-ci exerce une telle force gravitationnelle qu’il fi nit par aspirer des soleils voire des galaxies entières. C’est donc désormais la question à se poser : assiste-t-on à la naissance d’un trou noir au beau milieu de notre petite galaxie politique ? Ce qui doit nous conduire à la question suivante : qui ou quelle nouvelle formation sera en mesure de mettre à mal l’hégémonie annoncée de Ramgoolam ?

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