
Varsha Taukoorah n’est pas une experte en prise en charge des handicapés. Mais elle n’accepte pas que ces personnes soient une honte pour leurs familles. C’est ce qui l’a poussée à reprendre en main une association qui n’était plus active, la Northern Association for the Welfare of Disabled People à Roches-Noires.
Cependant, cette quinquagénaire qui habite Triolet, s’y connaît en encadrement des tout-petits car pendant 20 ans, elle a été responsable d’une maternelle qu’elle avait aménagée à son domicile. Elle aurait probablement continué sur cette voie si sa soeur, qui habite Roches-Noires et qui est mère d’une fille handicapée, ne lui avait pas demandé de l’aide.
En effet, celle-ci donnait un coup de main à une association de la localité, la Northern Association for the Welfare of Disabled People, fondée en 1978. La directrice de cette association projetait à l’époque d’avoir un centre pour s’occuper des handicapés pendant que leurs parents travaillent. Malgré tous ses efforts, elle n’est pas parvenue à intéresser les parents à l’idée de placer leurs enfants handicapés dans un centre pour la journée.
De guerre lasse, elle a décidé de jeter l’éponge. Ne se sentant pas d’attaque à reprendre le flambeau seule, la soeur de Varsha Taukoorah lui a proposé de mener à bien ce projet d’aménagement d’un centre pour handicapés. C’est ce qui a poussé Varsha Taukoorah à abandonner les enfants pour se mettre au service des plus vulnérables de la société.
C’est en février 2011 qu’elle a repris l’association et a trouvé un local pouvant accueillir une vingtaine de handicapés de tous âges. Il s’agit en fait d’une maison appartenant à Mita Lemettre,
Mauricienne qui a passé des années en France avant de regagner Maurice. Celle-ci n’a pas hésité une seconde à louer sa maison située à un jet de pierre d’une partie de la plage publique de Roches-Noires. Elle s’est même portée volontaire pour encadrer les handicapés qui fréquenteraient le centre.
L’appel que l’association a lancé dans la région nord – Rivière du Rempart, l’Amitié, Plaine-des Roches, Poste- Lafayette, Roche-Terre et Petit Raffray – a porté ses fruits car il a attiré une vingtaine de handicapés âgés entre 11 et 50 ans. Ils sont cinq à encadrer bénévolement ces handicapés, incluant la nouvelle directrice, Varsha Taukoorah, la soeur de celle-ci, Mita Lemettre et Ram Avala-Gurriah, qui véhicule les enfants le matin de chez eux au centre et vice-versa.
Les handicaps des adhérents «Diraloin Pans Divan» sont divers. Il y a des autistes, des épileptiques, des personnes souffrant de retard mental léger mais aussi plus sévères. Les volontaires occupent ceux qui sont capables de se concentrer par le dessin et le coloriage, par des jeux de construction ou d’autres jeux de société. «Comme nous sommes presque pieds dans l’eau, lorsque le temps le permet, nous les emmenons faire de la water therapy,» explique Varsha Taukoorah.
Cette association qui est enregistrée auprès du Corporate Social Responsibility Unit n’a pas encore bénéficié de l’aide d’entreprises malgré des demandes écrites en ce sens et adressées à certaines compagnies et des hôtels de la région. De ce fait, elle vivote car les parents ne peuvent pas tous se permettre la cotisation de Rs 500 par mois. «Certains donnent Rs 200, d’autres Rs 300 et d’autres encore rien du tout. Nous ne pouvons décemment pas rejeter ces enfants. Et nous manquons de beaucoup de choses, à commencer par du mobilier, un réfrigérateur mais aussi quelques chaises roulantes. Nous espérons que des entreprises nous viendront en aide à travers le CSR.»
Sachant qu’il y a encore des parents qui ont honte du handicap de leur enfant et qui les enferment dans la maison une journée, Varasha Taukoorah et ses collaborateurs qui ont suivi l’an dernier un cours de DisabilityWatch dispensé par le ministère de la Sécurité sociale, comptent entreprendre à la fin juillet début août, un exercice de porte à porte pour recenser les enfants handicapés et identifier ceux susceptibles d’être des victimes d’abus parental. «Venir au centre est pour eux une distraction. Nous mesurons les progrès, si minces soient-ils, par un bonjour ou un merci que certains ne disaient pas à leur arrivée et qui le disent aujourd’hui. Nous essaierons de convaincre les parents à notre cause car il y a va du bien-être de leur enfant… »
Marie-Annick SAVRIPÈNE
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