
L’organisation internationale de défense de la liberté de la presse estime que le chef du gouvernement a « franchi la ligne jaune en prenant personnellement à partie » le rédacteur en chef du quotidien papier l’express. La censure du spot de Yop par la MBC est aussi mentionnée dans un rapport rendu public ce vendredi 6 mai.
Le Premier ministre est une nouvelle fois critiqué par Reporters Sans Frontières (RSF). L’organisation internationale de défense de la liberté de la presse a publié sur son site Web ce vendredi 6 mai un rapport sur le dérapage langagier du chef du gouvernement mauricien contre la presse indépendante, lors du meeting de l’Alliance de l’Avenir le dimanche 1er mai, à Vacoas.
RSF explique ainsi que Navin Ramgoolam « s’est distingué » par ses diatribes contre le quotidien papier l’express et l’hebdomadaire Week-End. Surtout à l’effet qu’ils auraient choisi de se mettre tout au service de son principal adversaire, le leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger.
Lors de ce rassemblement éminemment politique, le Premier ministre a réservé le gros de son discours contre la presse libre. Il s’est attaqué bille en tête contre Raj Meetarbhan, le jugeant indigne à « brosser ses chaussures ». Pour RSF, il a « franchi la ligne jaune en prenant personnellement à partie » celui-ci.
« Le virus de la répression est là, les signes sont évidents, et je crains que l’avenir soit sombre pour la presse indépendante à Maurice. J’étais au Zimbabwe au début des années 1980, le pays était démocratique et comptait une presse libre, puis j’ai assisté à la descente aux enfers. J’ai été le témoin direct des dérives de Robert Mugabe, avec les attaques contre les journalistes, puis les opposants, et je crains un scénario identique à Maurice », s’est laissé dire Raj Meetarbhan à RSF, qui l’a interrogé.
« Chez nous, le Premier ministre insulte la presse. Il jette en pâture les noms de journalistes devant la foule, ce qui revient presque à un appel au lynchage. S’il est mécontent, il peut écrire une tribune dans l’express, je lui offre de l’espace dans mon journal », ajoute le rédacteur en chef du quotidien le plus lu à Maurice.
Il déplore le niveau de langage du Premier ministre et considère que le discours de ce dernier, « instille le poison racial », Navin Ramgoolam ne cessant de répéter que l’express est « à la solde du secteur privé et du grand capital ». RSF condamne « les agissements du chef du gouvernement mauricien qui ne font que créer un climat détestable entre autorités d’un côté et médias de l’autre ».
« Ce type de déclarations peut contraindre une majorité de journalistes à l’autocensure et nuit considérablement à l’image de Maurice. A deux jours de la Journée internationale de la liberté de la presse, célébrée le 3 mai, les propos de Navin Ramgoolam jettent un froid », conclut RSF. Elle rappelle par la même le boycott systématique du groupe La Sentinelle, propriétaire de l’express, par le gouvernement.
L’organisation internationale évoque également sur la façon de faire de certains organismes d’Etat dirigés par des proches du pouvoir, à savoir l’Independent Broadcasting Authority (IBA) pour avoir censuré des messages du MMM. Ainsi que de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) pour avoir passé interdit la diffusion du spot publicitaire du yaourt à boire Yop à l’effet qu’il ridiculisait la police, tel que révélé par lexpress.mu dans la soirée du mercredi 4 mai.
RSF rappelle que Maurice a perdu 14 places dans son classement de la liberté de la presse en octobre 2010, passant au 65ème rang, juste derrière le Bhoutan et la Croatie. Rien que sur le continent africain, grâce à Navin Ramgoolam, l’île se classe hors du Top 50 où se trouvent pourtant l’Afrique du Sud, le Cap-Vert, le Ghana, le Mali et la Namibie.
L’Afrique du Sud, s’est, elle retrouvée à la 38ème position à cause de deux projets de loi menaçant la presse. Ils concernent la création d’un tribunal des médias et la reforme de la loi sur l’information. Un peu dans la vision de Navin Ramgoolam de faire une presse formatée version MBC qui est tout à sa gloire matin et soir.
Outre RSF, le Département d’Etat américain vient récemment de mettre à l’index les dérives de l’hôtel du gouvernement vis-à-vis de la presse.