L’urgence commande les choix. Compte tenu de l’augmentation de la demande énergétique, et aussi pour éviter dans les deux ans un black-out, le Central Electricity Board a choisi l’option huile lourde. A l’agenda de mercredi prochain : l’inauguration de quatre nouvelles turbines de 15 mégawatts (MW) chacune.
Après un sommet Rio+20 (plus vain que le précédent) débouchant sur un accord a minima et une foule de voeux pieux, notamment pour les petits Etats insulaires en développement (PEID), l’île Maurice durable fera face à la demande énergétique grâce aux hydrocarbures. Dans la rubrique Osmose de l’express du mardi 3 juillet, la spécialiste en développement durable Pamela Bapoo-Dundoo propose « depuis quelque temps déjà, d’avoir une “MID compliance checklist” au sein de chaque institution.
Cela permettrait de voir tout de suite si un projet, un développement quelconque, est en ligne avec notre volonté d’île durable ». L’idée est séduisante. Elle donnerait à coup sûr des sueurs froides à ceux qui sont chargés d’épingler les autorités. L’exemple vient d’en haut, selon le dicton. Il est surtout fait de belles paroles. Une check-list forcerait la main. Et l’exemple de s’imposer.
Qu’on se le dise, on est en retard. Le projet MID a longtemps piétiné. La politique publique et le plan d’action MID n’ont pas encore été finalisés, alors que les autorités souhaitaient présenter le concept à Rio+20. Les dernières retouches sont apportées au document qui sera présenté fi n août. Un peu de patience. Encore.
On ne peut nier ni les efforts du gouvernement ni les exigences de l’urgence énergétique. Mais le gouvernement ne peut nier les ratés, les délais, les arrangements, la timidité des avancées, la portée des reculades et de l’entêtement dans un modèle de développement non durable. A tel point que l’enthousiasme vire à la déception. Et la déception de devenir circonspection. «Si Maurice réussit, le monde peut réussir. » L’optimisme de Joël de Rosnay résonne comme un écho qui se perd. D’autant que l’exemple pourrait venir davantage de La Réunion que de Maurice. Si La Réunion réussit, Maurice peut-elle réussir ? Off record, un cadre de la coopération régionale estimait que MID est un copier-coller du projet Gerri (Grenelle de l’Environnement à La Réunion – Réussir l’Innovation).
S’inspirer de ce qui se fait à côté n’est pas le problème. Mais avec une adaptation a minima du modèle au contexte local, la meilleure des bonnes volontés ne suffi rait pas à transformer l’essai.
En 2010, la part des énergies renouvelables (essentiellement la bagasse) dans le mix énergétique mauricien dépassait timidement les 24%. Pour la même année, la production d’électricité de l’île Soeur était issue à hauteur de 34% d’énergies renouvelables. Les spécificités topographiques et hydrologiques y favorisent, il est vrai, l’exploitation hydroélectrique (20% du total contre 3,7% à Maurice). Surtout, d’un point de vue technique, La Réunion est en avance. D’où le resserrement de la coopération sur cet enjeu entre Saint-Denis et Port-Louis.
L’obligation d’opter pour des turbines à huile lourde dans le court terme est symptomatique des atermoiements de longue date. Quand est-ce que les autorités aideront à démocratiser (concept cher au gouvernement) l’énergie photovoltaïque, qu’il y ait revente ou non du surplus au CEB ? En 2010, 2,8% de la production électrique de La Réunion étaient issus du photovoltaïque, soit 88 MW. Les projections à décembre 2011 portaient sur une capacité de 130 MW. On en est loin. Très loin.
La palme des hésitations est à voir sur nos routes. Comment se fait-il que l’éthanol ne soit pas disponible à la pompe malgré des tests concluants sur une vingtaine de véhicules
en 2006 ? Il y a un an tout juste, le mélange essence-éthanol (à hauteur de 10% à 15%) était supposé devenir une réalité «très bientôt». L’indécision porte sur plus de trois décennies.
L’urgence commande les choix. Et elle rassure de belles paroles. Au risque d’une île durable a minima.
Commentaires
Dpendance dangereuse
Une dpendance majeure des robinets des pipelines arabes est trs dangereuse. Il suffit d'un nouveau conflit dans la rgion du Suez, qu'on ferme quelques robinets et c'est du black-out comme en 1974 qui avait mis l'Europe sec. Et dire qu' Maurice on a tant d'alternatives de resources vertes qu'on peut sans rserves exploiter chaque jour.La seule raison qu'on ignore ces cadeaux de la nature c'est qu'ils ne remplissent pas les poches et les dmocratiser c'est mettre au dficit les avoirs du Ptr tout comme la MBC.La rcente nomination la tte du CEB en dit beaucoup. Comme avec la CWA rejouissons nous de la pluie et du beau temps.
MID
Au risque de me rpter: MID = Maurice inn dtruire.