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Maurice censure le site communautaire «Facebook»

L?on ne joue pas avec l?image publique du Premier ministre, Navin Ramgoolam. Facebook, le premier site communautaire au monde avec 46 millions d?adhérents, l?a appris à ses dépens. Son accès a été bloqué à tous ceux qui voulaient y accéder depuis Maurice pendant une partie de la journée hier.

Hier matin, à la première heure, une directive arrive sur le bureau du fournisseur mauricien d?accès Internet. Directive qui la laisse perplexe : l?Information and Communication Technologies Authority (ICTA) leur demande d?interdire tout accès à ce site. La raison invoquée tient en une ligne : ?It has been reported to the Icta that the above mentionned website is currently hosting contents of diffamatory nature.? Les 12 détenteurs locaux d?une licence de Fournisseur accès Internet n?ont d?autre choix que d?exécuter l?ordre.

En fait, selon l?article 18 (m) de l?ICT Act, l?autorité régulatrice a le droit de prendre des mesures qui s?imposent lorsqu?elle estime que le contenu d?un site Internet pose problème.

Mais pourquoi est-ce que le contenu du site américain fait tiquer ? Une rumeur a vite fait de se propager dans le milieu des fournisseurs d?accès. Celle-ci veut que c?est sur ordre du bureau du Premier ministre que l?Icta aurait demandé de bloquer immédiatement l?accès à Facebook, après que des propos peu élogieux auraient été postés à l?égard du chef du gouvernement. «Si tel est vraiment le cas, c?est extrêmement grave. Si tous les sites où figurent des propos insultants sur George Bush, Vladimir Poutine ou encore Nicolas Sarkozy devaient se voir interdire d?accès, il ne resterait pas beaucoup de sites à visiter», s?emporte un des fournisseurs d?accès contacté par l?express hier.

Retracer l?usurpateur

La rumeur n?était pas trop loin de la vérité. Si l?on confie à l?Icta que le bureau du Premier ministre n?y a rien à voir, il est vrai que l?affaire concerne l?image de Navin Ramgoolam. Mercredi après-midi, l?Icta aurait reçu des plaintes de la part de membres du public et même du ministère de la Technologie informatique et des télécommunications. Après enquête, l?autorité constate qu?il y a eu usurpation d?identité du Premier ministre et qu?il y aurait eu, sur une page de Facebook, des propos diffamatoires sur Navin Ramgoolam. «Nous avons écrit à Facebook pour lui demander d?enlever cette page de son réseau. Maintenant, il doit examiner cette proposition et décider de l?action qu?il prendra. A notre niveau, nous avons pris les mesures préventives tout en respectant les dispositions que la loi nous confère», explique Trilock Dwarka, président de l?ICTA. L?autorité régulatrice continue cependant son enquête pour essayer de retrouver la personne qui s?est fait passer pour Navin Ramgoolam alors que l?accès à Facebook a finalement été rétabli hier dans le courant de la journée.

Dans le passé, ce n?est qu?à deux reprises que l?Icta a eu recours à ce type d?intervention. Le premier cas concernait le piratage d?un site du gouvernement en 2004. Le second cas date de juillet dernier lorsque l?accès au site du Mahatma Gandhi Institute avait été bloqué après un piratage. Dans les deux cas, le contenu avait été remplacé par des images pornographiques.

Facebook est actuellement un des sites les plus populaires de la Toile et est devenu un vrai phénomène de société. Tout internaute qui le souhaite peut y créer son profil ; monter son blog, mettre en ligne ses photos, raconter ses humeurs, ses commentaires ou encore laisser des messages à ses amis. Ce qui l?a surtout rendu populaire : il permet de créer son propre réseau d?amis et de rechercher d?anciens camarades. Environ 10 000 Mauriciens y ont leur espace personnel et ce nombre augmente rapidement au fil des jours.