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?Mémoire Senghor ? : Le bouquet !

?Plus que jamais pour harmoniser et humaniser le monde, il y aura donc besoin de poètes et de diplomates, ces frères parfois siamois, besoin de visionnaires et sages de Joal.?

Dominique Renaux

? Dans sa préface, en hommage à Léopold Sédar Senghor, après avoir nommé le Sénégalais Alioune Diop : architecte ouvrier du premier Festival mondial des arts nègres de Dakar, 1966, le Martiniquais Aimé Césaire : auteur du célèbre Cahier d?un retour au pays natal (Ed. Présence Africaine, Paris, 1957), le Guyanais Léon-Gontran Damas : poète fidèle au rythme négro-africain légendaire et le poète-Président Léopold Sédar Senghor, le Directeur général de l?UNESCO, Koïchiro Matsuura écrit : ?C?est faire ?uvre utile que de rappeler les attributs de ces quatre grands précurseurs, rappel qui ajoute à la pérennité de l?action de l?Organisation, car elle est aujourd?hui fière de l?inscription, à son programme de 2006, de la célébration de la naissance de Léopold Sédar Senghor? Qu?est-ce à dire sinon qu?après Présence Senghor, dans la même série ?Profils? des Éditions UNESCO ? dont je souhaite l?enrichissement avec de nouveaux titres consacrés à dignement saluer et fêter les grandes figures de la communauté internationale des sciences, des arts et de la culture ? paraît Mémoire Senghor? Et c?est précisément de la parution de cet ouvrage qu?il m?incombe de parler??

?Car elle (l?UNESCO)
est fière de
l?inscription dans son
programme?
de la célébration
de la naissance
de Léopold Sédar
Senghor.?
K. Matsuura,
directeur général.

Partant donc de l?inscription de la célébration, initiée par l?UNESCO, comme précédemment indiqué, de la naissance de l?auteur de Chants d?Ombre, d?Ethiopiques et des Elégies majeures, notamment, complice de quarante années d?une sûre amitié partagée entre Paris/Dakar/Paris, avec une émouvante incursion, tous les trois avec Césaire, à Miami, je n?ai pas voulu rater l?occasion. J?ai jugé secondaires mes autres priorités culturelles et professionnelles, et approché la Section responsable des Editions UNESCO, en la personne de Michiko Tanaka ? elle ne m?en voudra pas de cette amicale indiscrétion. J?avais travaillé avec elle alors que j?étais responsable de la Collection UNESCO d??uvres Représentatives, dans les années 82/90. Elle a jugé positivement les termes du contrat établi entre l?Organisation et moi, portant sur le projet en question. Après qu?elle ait pris sa retraite bien méritée, j?ai poursuivi ma collaboration avec la direction UNESCO du Bureau de l?Information du Public? Je vous livre ces détails pour bien situer l?enjeu de la réalisation du projet, par la suite baptisé Mémoire Senghor dont j?ai assumé la coordination?

Le Directeur général de l?UNESCO ayant ratifié la composition du Comité d?Honneur qu?il présiderait, avec la double présidence effective de la Sénégalaise Yandé Christiane Diop : vice-présidente de la Communauté africaine de Culture (CAC) et du Nigérian Wole Soyinka, Prix Nobel de Littérature, il me restait à choisir, à consulter et à nommer les 50 contributeurs à la rédaction de l?ouvrage sous forme d?une anthologie. L?option de la limitation à 50 (moitié de cent pour un centenaire) le nombre d?auteurs s?explique par le peu de temps imparti ? à peine un peu plus de six mois ? pour l?obtention des textes et les travaux de lecture, de correction des épreuves, de relecture finale et d?imprimerie, bref, de la fabrication et de l?édition du livre par l?équipe interne des Editions UNESCO. Travail efficacement accompli, bravo !?

Les auteurs : le hasard a voulu que je me sois retrouvé à plusieurs occasions à Maurice cette année. Raisons personnelles autant que professionnelles. En même temps, ceci explique l?appel en somme naturel que j?ai fait à des plumes de l?océan Indien, pas plus ni moins autorisées que d?autres, et que le sujet concernait. Poètes et prosateurs, elles et ils se nomment, pour Maurice : Richard Sedley Assone, pour son poème Papa Sédar, Ananda Devi, pour son texte Le règne des petits, Michel Ducasse pour son poème 101 lignes pour gorer Senghor, Shenaz Patel, pour son texte Comment je suis devenue nègre et moi-même pour le poème Mémoire oblige ; pour La Réunion : Carpanin Marimoutou, pour son texte «Saison d?enfant» disait Senghor et Patrice Treuthardt, pour son Poemaloya pour Léopold Sédar Senghor? Par ailleurs, on partagera, comme reconnue, l?identité mêlée sinon métisse française/mauricienne de notre ami l?Ambassadeur de France à Port-Louis, Dominique Renaux, pour son texte Quatre apostilles pour cent ans de négritude? Pour tout avouer, je ne suis pas mécontent, pour une fois, de faire, dans cette anthologie, la part qu?elle mérite, aux auteurs de langue française de ce côté du monde. En effet, je suis trop souvent agacé (l?âge me soufflerait-il soudain mesure et tolérance ! ! !) par le silence, voire l?ignorance organisée dont ils sont victimes de la part du grand nombre d?auteurs starisés de certains fiefs continentaux et insulaires de la francophonie. C?est dit, et tant pis pour ceux qui s?y reconnaissent !? Mais cela n?obère en rien la belle qualité du sommaire de Mémoire Senghor, riche de poèmes inédits, de prose de belle allure, d?analyses pertinentes et de témoignages sensibles venus de vingt pays francophones auxquels s?ajoutent deux d?origine espagnole et chilienne, mais bien français dans le texte? Sans exception volontaire, je pense au Marocain Abdellatif Laabi :

?Quelque chose en lui parlait / tambours / C?était ancien / peut-être même des tout débuts du monde / Et noble / comme une nuit sans taches / Quand l?univers n?était encore / qu?un vaste éternuement / d?étoiles.?

De même, comme pour terminer en sincère révérence ce qu?on a défini comme 2006 Année Senghor, un peu partout dans le monde, je veux citer l?écrivain, poète français, directeur des éditions de La Table Ronde, Denis Tillinac, assumant sa part nègre :

?Au c?ur de mon «moi» latin, septentrional et bercé d?alexandrins palpite cet autre moi, plus luxuriant, plus syncopé, plus ample, plus gorgé de chair cosmique, plus idéal aussi, en tout cas différemment ; ce double d?ébène, ce frère dépossédé et pourtant riche à foison qui voudrait tant qu?enfin les deux fassent la paire.?

Et, d?avoir, pour l?UNESCO et au-delà, coordonné Mémoire Senghor, toutes embûches balayées, me conforte, plus que jamais, dans l?idée que les êtres, les lieux, les mots et les sentiments qu?ils engendrent sont en prise directe avec l?Universel. Donc, l?espoir demeure?

Edouard J. MAUNICK
Pretoria 6-7.11.2006