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Le taux de change peut affecter la reprise de la zone franche

LA MAURITIUS Commercial Bank (MCB) annonce une ?reprise extrêmement fragile? de la zone franche d?exportation. Ce mouvement risque toutefois d?être compromis par l?évolution des taux de change, prévient l?institution bancaire dans son dernier MCB Focus.

Le bulletin économique de l?établissement, publié mercredi, révise légèrement à la baisse ses prévisions concernant la croissance tout en demeurant plus optimiste que le Central Statistics Office (CSO).

On avait déjà noté que, pour une fois, les prévisions de la MCB sur la croissance du produit intérieur brut (PIB) diffèrent de celles du CSO. La divergence vient surtout de l?appréciation de la situation dans la zone franche en raison, sans doute, des grandes incertitudes qui caractérisent cet important pilier de l?économie.

Là où le CSO prévoit une contraction de 2 % cette année, la MCB estime au contraire que ce secteur enregistrera une croissance allant jusqu?à 3 %. Mais celle-ci sera probablement plus proche de 2,3 %.

Même si la situation économique dans la zone euro demeure incertaine, la reprise dans nos principaux marchés d?exportation devrait favoriser celle de la zone franche.

Il y a aussi des signes encourageants d?une amélioration de la rentabilité dans nombre d?entreprises du secteur, analyse la MCB qui est connue pour sa proximité avec la zone franche. La valeur ajoutée créée par ces entreprises a augmenté.

Une reprise extrêmement fragile

Toutefois, la MCB est loin d?être euphorique. ?La reprise demeure extrêmement fragile?, prévient-elle. Un des motifs de préoccupation de MCB Focus est l?évolution des taux de change qui risque de jouer contre la zone franche.

Elle se retrouve coincée entre deux mouvements. Il y a, d?une part, l?appréciation de la roupie durant ces trois derniers mois ?qui semble ne pas être en phase avec les economic fundamentals?, observent les analystes de la MCB. D?autre part, la menace de la concurrence de la Chine ne fait que croître, d?autant plus que la monnaie chinoise est attachée (pegged) au dollar. Si le dollar maintient sa tendance à la baisse, la monnaie chinoise baissera également, rendant les exportations de ce pays encore plus compétitives.

La MCB révise par ailleurs, légèrement à la baisse, ses estimations de la croissance de l?économie en 2004. Le MCB Focus prévoit un taux de croissance de 5,8 % du PIB. Le sucre exclu, la croissance devrait être de 5,4 %.

En se basant sur les données économiques disponibles à la fin de 2003, le Chief Economist de la MCB, Gilbert Gnany avait, dans un interview accordé à l?express en début d?année, prévu un taux d?expansion d?un peu plus de 6 % ? ou de 5,8 % ? en excluant l?industrie sucrière. De nouvelles donnes, notamment sur le tourisme, expliquent en partie cette légère révision à la baisse. ? En général toutefois, la croissance en 2004 ne sera pas aussi robuste qu?on aurait pu s?attendre, compte tenu de l?impact statistique positif découlant de l?effet cumulé de la faible croissance enregistrée ces deux dernières années ?, commente la MCB.

Le CSO avait prévu une croissance de 5,1 % ou de 4,5 %, sucre exclu. MCB Focus juge l?appréciation du CSO ?conservatrice?. Outre les divergences de vues sur la zone franche évoquées plus haut, MCB Focus affiche aussi un optimisme prudent concernant l?industrie touristique. La situation concernant la sécurité au niveau mondial s?est améliorée et une reprise de l?économie est attendue. Ces facteurs devraient donc favoriser la croissance du tourisme.

Néanmoins, la MCB a révisé à la baisse ses prévisions de croissance, la ramenant à 5,5 %, un taux légèrement inférieur aux estimations officielles. Elle justifie cette appréciation par les difficultés persistantes enregistrées dans nos principaux marchés touristiques, notamment la France.

MCB Focus précise que son estimation est basée sur l?hypothèse qu?il y aura des développements positifs concernant le marketing et l?accès aérien.

Dans le secteur de la construction, après la forte expansion de ces dernières années, la MCB s?attend à un ralentissement en raison de la réduction prévue des investissements de l?Etat dans des projets d?infrastructures. Néanmoins, la banque est plus optimiste que le CSO et prévoit une croissance supérieure au taux de 5 % avancé par le bureau central des statistiques.

Investissements privés en déclin

La MCB s?attend à ce que de grands chantiers privés démarrent cette année notamment dans les secteurs du tourisme et de l?Integrated Resort Scheme (IRS). Tout retard influencera cependant les prévisions optimistes.

Le bulletin économique de la MCB attire une nouvelle fois l?attention sur le déclin des investissements du secteur privé. Si, globalement, l?investissement national a progressé de 11,2 %, cela est dû essentiellement à une croissance massive de 48,2 % des investissements de l?Etat entre 2002 et 2003. Ce qui est inquiétant, c?est que l?investissement privé a chuté de 5,5 % en 2003. Par rapport au PIB et pour la quatrième année consécutive, l?investissement privé s?est contracté atteignant le taux de 13,4 %. ?Comme nous l?avons déjà souligné, un tel taux est nettement trop bas pour une croissance économique soutenue de plus de 6 % nécessaire à la création d?emplois?, rappelle la MCB.

Au niveau de l?emploi justement, le département économique de la banque ne prévoit aucune amélioration. Le chômage continuera à progresser pour atteindre 10,8 % en juin 2004 contre 10,2 % en juin 2003.

Les développements dans le tourisme et la cybercité n?auront pas un impact significatif sur la création d?emplois cette année. Dans la zone franche, la situation reste sombre avec 5 000 pertes d?emplois rien qu?entre juin et septembre 2003.

De plus, la création d?emplois dans les grandes entreprises reste en veilleuse en raison d?un investissement au compte-gouttes.