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La roupie en quête de nouveaux repères

La roupie a été décortiquée dans un business forum de la Jeune chambre internationale, mercredi, au siège de l?Alliance française à Bell-Village. Les intervenants Sen Narainen, Senior Economic Adviser au ministère des Finances, Vishuene Vydelingum, trésorier de Barclays Bank Indian Ocean, et Feroz Dahoo, chief executive officer de Shibani Finance, ont commenté les turbulences qu?a connues la monnaie nationale l?an dernier et le début d?une remise en forme.

?Si l?économie est faible, la devise nationale l?est également?, affirme d?emblée Sen Narainen (il a tenu à préciser que ses commentaires, lors de la discussion, n?engagent que lui et ne peuvent être interprétés comme étant la position du ministère des Finances). Les causes de la dépréciation de la roupie sont d?abord structurelles, explique-t-il. Le déficit commercial, alimenté par la baisse des recettes sucrières et du textile-habillement de même que par la flambée des cours pétroliers, a pesé lourd sur le taux de change de la monnaie.

Mais d?autres éléments se sont également greffés à une conjoncture déjà difficile. La baisse des taux d?intérêt a poussé à rechercher d?autres opportunités d?investissement, dont des placements en devises étrangères, créant les conditions pour que la roupie devienne la proie d?une attaque spéculative. ?C?est la spéculation qui a vraiment accéléré la dépréciation. Conserver les devises était devenu une option intéressante. Les exportateurs n?avaient aucune raison de revendre leurs devises. Tout cela a contribué au manque de devises sur le marché?, dit Sen Narainen. Il explique que la Banque de Maurice n?a pas cru bon d?injecter alors des liquidités en grande quantité dans le marché parce que les gens achetaient des devises pour les conserver et non pour faire du business. Le ministère des Finances, pour renverser la situation, a réagi en créant un joint working group réunissant représentants des opérateurs et prestataires financiers, entraînant une évolution positive des comportements.

Le gouvernement a décidé de vendre les devises étrangères à sa disposition à la Banque de Maurice pour alimenter le marché. Il a aussi demandé aux organismes parapublics d?emprunter en devises étrangères pour financer des opérations qui nécessitent des monnaies étrangères. Sen Narainen a insisté pour la poursuite des réformes dans le but de redonner force durable à la roupie.

Vishuene Vydelingum juge que la détente sur le marché pétrolier ces derniers mois a favorisé une accalmie sur le marché des changes à Maurice. De plus, ?les récentes hausses du taux d?intérêt ont aidé à réduire la demande pour les devises étrangères, et à stabiliser la roupie en conséquence?. Les capitaux étrangers viennent en renfort à la monnaie locale. Le trésorier de la Barclays Bank Indian Ocean a évoqué une meilleure rentrée prévue des investissements directs étrangers dans différents secteurs, notamment l?hôtellerie et l?immobilier. Il soutient que la Bourse locale intéresse de plus en plus les gestionnaires de portefeuilles étrangers à la recherche d?opportunités dans les marchés émergents.

Feroz Dahoo s?est interrogé sur les conditions de la stabilité de la roupie. Il estime que la monnaie ne fait que reprendre un peu de terrain qu?elle a cédé et on ne peut parler de reprise en tant que telle. Il s?est élevé contre l?idée de rattacher la roupie au dollar, solution évoquée dans certains milieux. ?Nous ne pouvons pas remettre notre destinée entre les mains d?un autre pays.?