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?La Cathédrale?, l?offrande de Harrikrisna Anenden

28 juin 2006, 20:00

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Journée fatidique. Celle de Lina (Ingrid Blackburn). Une Esméralda devenue portlouisienne, l?innocence en plus. Son parvis, c?est celui de La Cathédrale. Une façade de pierre qui ne reste pas de marbre. Un ange gardien qui délivrera Lina du mal. Temporairement.

Tout au moins le temps d?une projection. Celle de la première diffusion de La Cathédrale, film de Harrikrisna Anenden, adapté de la nouvelle éponyme signée par son épouse, Ananda Devi.

C?était hier soir au centre Charles-Baudelaire à Rose-Hill. A l?écran, un contraste réconfortant. La journée de Lina commence par une tasse de thé à l?ancienne, du temps d?avant les bouilloires électriques. Suivie par des plans serrés sur une montagne de dholl puri et de bols aux bords dégoulinant de curry et descendus par du glaçon râpé que Lina préfère nature.

C?est dans ces détails ciselés au millimètre, qui nous parlent finalement de nous-mêmes, que réside la force du film d?Harrikrisna Anenden. Un film, qui s?il est construit autour de multiples niveaux de symboles et de correspondances (le père de Lina est cordonnier, le photographe ? qui représente la tentation ? met en image son obsession pour les pieds), reste sans prétention. Le réalisateur avouant qu?il ne sait pas ?vendre un film? car la destinée de ce dernier est toujours inconnue, aucune projection en salle n?étant prévue pour l?heure.

Bien que les heures n?aient aucune chance d?échapper aux piqûres des aiguilles, Harrikrisna Anenden sait prendre son temps tout en évitant la lenteur au film et en faisant un pied-de-nez aux passants pressés. Des minutes précieuses pour regarder la peinture qui s?écaille sur les murs en bois des vieilles maisons. Des secondes d?éternité pour saisir la coquetterie naissante de cette petite fille qui se vernit maladroitement les ongles. Un espace, où l?amateur de séga typique, surtout ceux de Ti Frère peut se faire plaisir.

Le tout emballé dans des images soignées. A la lumière éclatante sans être aveuglante. Les gros plans insistent pour que nous ne perdions pas une miette du tumulte intérieur de Lina quand le photographe (Yves Herman) lui donne rendez-vous... Un climax salué par les cloches et le muezzin.

Une cathédrale devenue noyau d?une capitale inondée de soleil, de sueur et de crasse. Si pour le réalisateur, c?est le Port-Louis de son enfance, qu?il a superposé sur la nouvelle écrite en 1977 par Ananda Devi, cette ville-là est peuplée de souvenirs au fort goût d?actualité. Odeurs âcres des détritus du marché central, puanteur des mendiants.

Images inaltérables comme le sont les vers de Shakespeare récités par Sanjay ( Ashwin Anenden), collégien et amoureux transi de Lina. Poétique manière d?introduire de l?anglais dans un film qui parle le créole du quotidien, c?est-à-dire entouré de français et de hindi. Des mots choisis pour un film ?rare, d?une intensité et d?une densité concentrée? où Lina ?est le miroir de nos concessions, de nos veuleries, de nos compassions?, comme l?a dit Christophe Vallée, professeur de philosophie, dans son introduction.

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