Aucun journaliste attaché aux valeurs de sa profession ne pourrait manquer d’être révulsé par cette publication, dimanche dernier, des photos de police du crime du Legends. Ceux qui ont pris la décision de publier ces documents policiers auront quelque mal à nous convaincre qu’ils ont été frottés ne serait-ce qu’à un minimum de la culture des salles de rédaction. Fallait-il néanmoins que le directeur de cette publication soit arrêté et détenu à Alcatraz ? On peut sincèrement en douter.
Il apparaît que Imraan Hosany et ses collaborateurs sont de l’espèce d’imprimeurs-diffuseurs qui prennent conscience après coup de la portée de leurs choix. Or, être responsable de publication, c’est précisément disposer du niveau de conscience et de perception requis pour entrevoir les possibles conséquences de tout article, de toute photo. De toute évidence, Hosany, du moins jusqu’à dimanche dernier, n’avait pas été touché par cette grâce. Mais méritait-il, pour autant, d’être privé de sa liberté ? Difficile à admettre.
Nul ne peut faire valoir l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme ou l’article 3(2)(b) de notre Constitution pour réclamer un quelconque droit de publier des photos du cadavre d’une jeune femme, photos prises quelques heures après sa mort violente. Il n’y a rien, là, dans cette indécence, dans cette intrusion déplacée dans l’intimité d’une morte et de sa famille, rien qui puisse relever du droit à la liberté d’expression. Bien au contraire, ce mauvais goût, cette incapacité d’imaginer les sentiments des proches et des compatriotes solidaires de la victime, cette insensibilité seraient susceptibles de planter un doute dans l’esprit le plus libéral, un doute quant au bien-fondé, dans certains cas, d’une liberté d’expression sans réserves. On ne va pas soumettre le droit à la parole à une sorte de permis à points mais quand il suffit d’un ordinateur et trois logiciels de PAO pour devenir directeur de publication, on peut être perplexe. Mais de là à envoyer un citoyen en prison pour défaut de jugement éditorial, c’est peut-être un peu excessif.
Plutôt que d’être uniquement un coupe-file, un pass pour être admis à l’un ou l’autre lieu sécurisé, la carte de presse de la République de Maurice pourrait-elle être, aussi, une carte professionnelle, obtenue à certaines conditions ? Il faudrait que la majorité amende la Media Trust Act de 1994, confiant au board – que le Premier ministre voudra bien réactiver ! – la responsabilité de constituer une commission d’attribution de la carte de presse. Dans certains pays, un jeune a d’abord une carte de journaliste stagiaire, avant d’obtenir celle de journaliste confirmé. En cas de défaut d’éthique ou de faute professionnelle, l’organisme responsable de la carte de presse peut décider de la retirer à un quelconque titulaire. Dans le cas de la publication des photos post-mortem de Michaela Harte, la gravité de la pratique aurait certes suggéré une radiation du registre confraternel, tout au moins une sérieuse mise en garde, avec menace de retrait de la reconnaissance professionnelle en cas de récidive. Qu’est-ce qui autorise un corps professionnel à infliger des peines ? Question pertinente. Mais préfère-t-on voir un directeur de publication se retrouver en prison à Alcatraz ?
La liberté est trop précieuse pour faire des compromis avec celle des autres. Mais nous mesurons combien, entre les droits d ’une victime et de sa famille, la requête de décence de l’espace public et la liberté d’un directeur de publication, même peu préparé à ce métier, trouver la ligne la plus juste n’est guère aisé. Mais d’où viennent les photos ? A qui profite le crime ? Qui a manipulé ce pauvre homme ? Au prix de sa liberté.
Commentaires
S'il y a dlit, il peut y avoir sanction.
L'auteur remet admirablement sur le tapis la relation presse-public-autorits lgales. Dans ce cas prcis il y a la pression internationale, les peurs diverses des uns et des autres, l'intrt des lecteurs, le sensationalisme qui l'entourent.
Suis d'accord que l'on condamne quelqu'un s'il y a un dlit. Donc aux observateurs et concerns d'tablir le dlit et de pnaliser le ou/et les coupables.
Il ny a pas photo !
Des inconscients de l'espce de Imraan Hosany, il s'en trouve malheureusement dans toutes les rdactions de l'ile sans exception. Les lecteurs en font souvent les frais sans moyen de recours.
Il ny a pas photo !
Journalists and their editors must maintain a delicate balance between the liberty of the press and journalism ethics. The Society of Professional Journalists has quite a stringent code of ethics. One section is entitled, "Minimize Harm". Here it is a part of it which I consider to be particularly relevant with respect to the tasteless and unethical behavior of the Mauritius Sunday Times:
Ethical journalists treat sources, subjects and colleagues as human beings deserving of respect.
Journalists should:
Show compassion for those who may be affected adversely by news coverage. Use special sensitivity when dealing with children and inexperienced sources or subjects.
Be sensitive when seeking or using interviews or photographs of those affected by tragedy or grief.
Recognize that private people have a greater right to control information about themselves than do public officials and others who seek power, influence or attention. Only an overriding public need can justify intrusion into anyones privacy.
Show good taste. Avoid pandering to lurid curiosity.
The editor of the MST times failed the above listed criteria of ethical journalism, and for that both he and his newspaper should pay a heavy penalty just as Rupert Murdoch did recently in the UK. It is important for the Mauritian Government not to stop at an apology. Walk the talk, and put an end to prurient journalism in Mauritius. Ban the newspaper and its editor for a long enough period of time that anybody in the media on the Island will remember it for a very long time. Nothing less will suffice.