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Edouard Maunick, d?anthologie en anthologie

Notre poète Edouard J. Maunick, de notoriété mondiale, poursuit sa route après avoir obtenu le Prix Apollinaire, le Grand Prix international de Poésie Eugène Guillevic et le Grand Prix de la Francophonie 2003 décerné par l?Académie française, entre autres. On a pu apprécier les différentes facettes de ce compatriote lundi dernier sur le petit écran national. C?était lors d?une émission proposée par le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine, en partenariat avec le Centre Culturel français Charles Baudelaire. Le poète mauricien figurera dans un proche avenir parmi les privilégiés de la prestigieuse collection Poètes d?Aujourd?hui (Seghers). C?est le professeur Jean-Louis Joubert, spécialiste des littératures de l?océan Indien, et très connu des Mauriciens, qui s?attelle à cette tâche à la fois passionnante, riche et exigeante.

Edouard Maunick avait collaboré minutieusement à la conception de son Anthologie Personnelle, aux éditions Actes Sud, en 1989. Cet ouvrage totalise près de 200 pages, avec en couverture un superbe portrait de l?auteur par Dora Boneva. Une nouvelle anthologie est en préparation. Elle comptera très probablement le choix le plus complet possible de ses ?uvres.

Car, n?écrit-il pas, en préface de la première anthologie susmentionnée, ?Avec cette anthologie, je refuse de ranger mes papiers après plus d?une dizaine de livres. C?est toujours de l?île, mon aire de vigie, que s?articulent les preuves de mon identité et ma désobéissance à la mort. Oui, à chaque livre, je montre mes papiers, ce sont des papiers de nous tous, pour franchir les frontières du réel et de l?imaginaire.?

Et, depuis, il a plus que tenu parole. De la dizaine de livres auxquels il fait allusion, en vérité, quatorze, dont Ces Oiseaux du Sang (1948-1954), Les Manèges de la Mer (1960-1964), Mascaret ou Le Livre de la mer et de la mort (1966), Ensoleillé vif (1975-1976), ou encore Cantate païenne pour Jésus-Fleuve (1977-1983), Mandela mort ou vif (1986), il est passé à vingt. Seul le poème (2000), Toi Laminaire, Italiques pour Aimé Césaire,(1990), pour n?en nommer que ces deux-là.

Une troisième anthologie se prépare. D?un caractère autre. Il s?agit, cette fois, des poètes bénis que le dieu porte dans son olympe personnel. L?anthologie se nommera, Ceux que j?aime. L?on pourrait se livrer à un petit jeu. Passionnant, d?ailleurs, sans trop se risquer. Gageons d?y rencontrer Pierre Emmanuel le savoureux, Nadine Fidji la Réunionnaise, coléreuse au verbe de feu, toutes ces âmes ?en complicité d?îles?, mais de vastes terres, la Libanaise Andrée Chédid, Werner Lamberzy, toutes celles des terres noires, blanches, jaunes, métisses? Mais, après tout, autant patienter.

Claudine Helft, du mensuel parisien Aujourd?hui Poème, a, dans son édition n° 46, interrogé Edouard Maunick sur son sentiment face aux prix littéraires. Le poète les accueille et reconnaît leur impact. Il précise leur importance capitale. ?Le Nobel de Littérature, dit-il, a concouru à tirer de leur isolement, voire d?un anonymat plus que relatif, des écrivains comme la Suédoise Selma Lagerlöf, l?Indien Rabindranath Tagore, (?) le Japonais Yasunari Kawabata, le Nigérian Wole Soyinka, le Saint-Lucien Dereck Walcott, (?)pour ne citer que quelques-uns parmi des lauréats de notoriété assurée après coup??

Se référant à la France et aux pays francophones, il élimine les ?quelques couacs notoires et quelques usurpations néfastes (?)?, pour mieux souligner que ?quoiqu?en disent une certaine critique et une opinion elle-même souvent sujette à caution, les Prix littéraires sont (?) la source bénéfique où s?abreuve un lectorat avisé ou amateur, mais en tout cas attaché et fidèle au livre que, s?il disparaissait, serait un drame pour l?humanité déjà singulièrement amputée.?

Edouard J. Maunick fait toutefois remarquer ? sans pour autant insinuer que les prix littéraires seraient trop nombreux en France ? le peu de ?signification réelle dans les pays de langue française (?).? Cependant, reconnaît-il, de rares Grands Prix francophones créés en Afrique, en Asie (?), et dans l?Océan Indien, ?contribuent à signaler la présence grandissante d?auteurs qui méritent reconnaissance.?

Le poète n?est guère pour la prolifération des prix au détriment de la qualité. Mais il plaide pour que le nombre reflète au moins ?l?entreprenante activité des écrivants francophones.? Il est loin d?en vouloir à l?existence des prix littéraires. Ce qui serait, selon lui, ?un risque d?appauvrissement sinon de suicide culturel??