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Edouard J. Maunick, Grand prix de la Francophonie

C?est un souffle qui vient de la mer. Celui du grand large. Il sillonne mers et terres, des Mascareignes aux Antilles, de l?Afrique à l?Europe, de l?Amérique du Nord au Sud? ILE de tous les exils/ aux mille plages éclatées; il est plages rassemblées sous peau negro-coolie peau chauffée pour cadencer, rouler roulis// Il est cette parole sorcière, ce dire-testament, mascaret remontant sa terre-racine.

Le poète du Ward IV de Port-Louis, Edouard J. Maunick, de l?ILE Maurice par 20° Sud, est sacré Grand Prix de la Francophonie pour l?ensemble de son ?uvre. Tel est le verdict de l?Académie Française en ce 16 octobre 2003. ?Mon ami Alain Decaux me l?avait soufflé, mais c?est un chauffeur de taxi qui me l?a appris?, avoue le poète, au sommet de l?Olympe francophone. Edouard J.Maunick, Prix Apollinaire, Fellow of the Institute of Africa, Officier de l?Ordre du lion du Sénégal, Citoyen d?Honneur de la ville de Port-Louis?Laissons-là mentions et palmarès. ??la mémoire est pour demain.?

Dans l?aujourd?hui, suivons la parole. Remontons à sa source. La Source, à Flacq, est son lieu premier. Prédestiné. Source elle l?est pour ses jeunes élèves. Elle, s?abreuve à la bibliothèque municipale de la capitale, qu?elle oriente. Mais l?îlien vit appareillé. Une aube d?octobre 1960, la parole met cap sur Seine. Voilà 43 ans qu?elle sème. La Terre ensemencée perpétue ses voyelles engrangées : Présence Africaine, Magazine de l?Océan Indien, L?Express de l?ILE Maurice, Demain l?Afrique, Vents et Marées, UNESCO, Haut Conseil de la Francophonie,? 72 ans ce 23 septembre 2003 qu?Edouard habite la parole. Ce fleuve en lui, incoërcible. 72 ans à pratiquer sa religion, la Poésie. Son dire source des noires profondeurs de l?immémoriale nuit. Le vivre une fois dans une vie est saison sacrée.

Que d?ondes répercutées de France Culture, de Radio France Internationale ! D?amitiés bénies : union trinitaire de Sainte Lucie: Léopold Sedar Senghor, Aimé Césaire, Alioune Diop ; délicieuse présence de Pierre Emmanuel, Werner Lambersy, Federico Mayor, Colette Seghers, Nadine Fidji? au gré des transhumances.

Vogue sa pirogue des mers indiennes, parole transmise aux jeunes de Californie, de Bordeaux, d?Aix, de Sorbonne, hier, Monsieur l?Ambassadeur de Maurice auprès du Président de la République Sudafricaine, Mandela mort et vif/Mandela dead and alive. Résonne, solaire, nomade des mers, verbe-volcan, si ce n?est houle !

?? rien n?est plus parole que l?identitaire :là tout est dit dans une langue majeure celle qui nomme l?ILE en autant de lieuxconnus-inconnus-reconnuspour pousser notre littoral jusqu?aux limites de l?univers? ?

(Seul le Poème)

? ?cette ILE en moi coulée métal cette ILE en moi poussée racine cette ILE seule vraie dans le poème fou.?

Mobilité est son lieu de vie. ?J?écris ces lignes, ayant le goût, la volonté et la chance de beaucoup voyager. Sans la passion de l?Autre et de l?Ailleurs, je pense que ma vie n?aurait que peu de sens. (?) ce mal de partir, plus fort que toutes les autres faims. Mais une fois le jeu fait, reste à prouver, vaille que vaille, qu?il valait bien la chandelle. C?est que l?exil volontaire est une gageure sans cesse à tenter, et à réussir continûment. Et cela peut durer longtemps : en ce qui me concerne, bientôt quarante ans.? (Poèmes et Récits d?Afrique noire 1997)

Quarante ans à ?montrer mes papiers?, ses livres, ?ce sont papiers de nous tous, pour franchir les frontières du réel et de l?imaginaire? (Anthologie Personnelle ? 1989). Itinéraire qui a pour noms : ?Ces Oiseaux de sang, Les Manèges de la mer, Paroles pour solder la mer, Fusillez-moi, Ensoleillé vif, Le Cap de désespérance, Cantate païenne pour Jesus-Fleuve, En Mémoire du mémorable, Désert-archipel, Saut dans l?arc-en-ciel, Noël perdu et retrouvé, Ki kote la mer?? et pour demain, Brûler à vivre, Brûler à survivre.

Encore une mer de traversée, Edouard !