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A côté du quota

12 mars 2011, 20:00

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Une déclaration qui a fait « pschitt » . L’introduction d’un quota pour permettre à plus de femmes d’entrer en politique, annoncée par le Premier ministre à l’occasion de la Journée de la Femme, n’a suscité aucune réaction du public. Ni enthousiasme, ni réticence.

Une parfaite indifférence.

Pourquoi ? Ce n’est pas forcément un débat que les femmes apprécient. Le mot « quota » a quelque chose d’humiliant, parce qu’il renferme l’idée d’un statut de victimes demandant charité. Et puis, il y a ceux qui pensent qu’un quota transgresserait un principe fondamental de la République, laquelle ne fait pas de distinction entre les citoyens. D’autres encore se demandent s’il est véritablement utile : faut- il imposer une mixité quand on sent que la confi guration change petit à petit, les femmes députées étant à dix aujourd’hui ? Mais en réalité, notre indifférence, elle, n’a pas de raisons idéologiques. Elle tient au fait que nous n’accordons guère de crédit à cette annonce.

Navin Ramgoolam n’est pas très convaincant parce que sa déclaration s’inscrit d’abord dans le cadre d’une vaste farce à laquelle se livrent les leaders des partis politiques pour affi cher leur force, faire croire qu’ils sont sensibles à « la cause des femmes » , séduire cette partie majoritaire de l’électorat.

Une joute de récréation où s’échangent des « moi, j’ai fait avant » pour faire applaudir tous les « rezo fam » rameutés pour l’occasion. Ensuite, le Premier ministre n’est plus, lui- même, très cohérent sur sa volonté de réformer le système. Outre ses nombreuses promesses de comités, restées vaines, il cultive une certaine ambiguïté sur ses intentions. Il y a trois mois, à l’Assemblée nationale, il refusait l’idée d’introduire un quota pour les prochaines élections villageoises et municipales, et il défend aujourd’hui ce principe pour les élections générales.

Quelle est la logique ? L’indifférence générale reste cependant malheureuse.

Car aborder la question est nécessaire. Ce n’est pas d’une affaire de femmes qu’il s’agit mais de ressources. Notre classe politique est vieillissante. Nous sommes totalement dans le fl ou sur l’après- Bérenger et l’après- Ramgoolam, les deux principaux partis de notre échiquier. Si leurs dirigeants s’incrustent, c’est probablement que les nouveaux adhérents à ces partis sont insuffi sants en nombre et en qualité pour permettre l’émergence, parmi eux, de « dauphins » . Elargir la base élargira les chances de révéler des talents de leaders. Et pour avoir davantage d’engagé( es), il faut casser les mentalités, qui ne changeront pas naturellement. Notre société est ainsi faite que l’idée persiste selon laquelle la femme n’existerait que pour compléter l’homme et lui permettre d’être un bon citoyen en le soulageant des responsabilités éducatives et domestiques.

Il faut donc forcer un peu les choses.

Si Ramgoolam est vraiment sincère sur la question, il devrait sans doute agir en deux temps. D’abord, la proposition, rejetée, d’un quota de femmes pour les élections régionales est tout à fait pertinente. L’administration régionale est une responsabilité moins lourde quand on a deux autres vies, professionnelle et familiale, à mener, ainsi qu’une bonne école, une bonne entrée en matière. Elle convient aux femmes.

Ensuite, au lieu de « se pencher sur un quota » , le Premier ministre ferait mieux de se pencher plutôt sur la formule déjà toute prête qui résoudrait une partie du problème de représentation de la femme, celle recommandée par Rama Sithanen.

Une réelle réforme électorale répondrait en effet à l’ensemble de nos aspirations. La dose de 24 députés élus à la proportionnelle, ajoutée aux 62 députés élus en « fi rst past the post » , telle que proposée, devrait apporter la garantie d’un nombre raisonnable de femmes. Il n’y a pas besoin d’autres comités ni d’une autre réfl exion sur le quota. Si Sithanen y a travaillé pendant sept ans, il y a fort à parier qu’on ne trouvera pas mieux. Et il y a plus ou moins consensus entre les partis.

Pourquoi retarder encore la décision ? Répondant au député Steve Obeegadoo sur ses intentions de réforme, le Premier ministre déclarait : « What we want is coherent change, not piecemeal change. » Qu’il le prouve.

Mais plus largement, si tous les leaders politiques qui se sont donnés en spectacle cette semaine sont sincères, il faut qu’ils s’attaquent aux obstacles qui empêchent une représentation élargie de la femme. Au- delà du fonctionnement très masculin des partis et des campagnes, entre réunions nocturnes et vulgarités au micro, il faut revoir le cumul des mandats de députés. La politique, on le sait, est considérée chez nous comme le lieu par excellence de l’exercice du pouvoir.

Et s’y accrocher est naturel. Les postes clés sont réservés aux anciens, laissant peu de place aux nouvelles entrantes.

Forcer cette alternance, c’est une condition absolue pour une plus grande diversité.

La réforme, c’est notre priorité. Le reste n’est que beau discours. Voyez : sur 56 décorés de la République, sept femmes…
 
 

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