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Bricoleur ou architecte ?
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Bricoleur ou architecte ?
Au crédit du ministre Bunwaree, il faut reconnaître une chose : sa sensibilité à la détresse de ce millier de jeunes à qui il aura évité d’être jetés, impréparés, sur le marché du travail.
Sauf qu’on ne fragilise pas tout un système pour quelques nantis. On ne se laisse pas dicter des décisions politiques par ses émotions.
Cet incident nous laisse quelques doutes. Sur la capacité de Bunwaree à rechercher des solutions durables : a- t- il étudié, avec Cambridge ou des partenaires du privé, d’autres options permettant à ces jeunes de compléter autrement leur cursus ? Sur sa volonté, aussi, à s’attaquer au système : a- t- il mis en place un comité pour étudier les causes de ces échecs ? A- t- il remis à l’ordre du jour les Instituts de formation et d’éducation tertiaires ( IFET) promis en 2005 ? L’absence d’options à offrir à ces détenteurs de School Certifi cate est pourtant une nouvelle démonstration des limites de notre école.
Nous sommes en effet restés dans une logique d’une école unique et uniforme, de « one size fi ts all » . Nous sommes restés convaincus que c’est une éducation élitiste et académique qui assurera le mieux le développement du pays naguère, oui, ce fut le cas, quand il a été question de construire une élite pour pouvoir construire une nation, quand l’éducation s’est voulue universelle pour que tous y trouvent leur compte. Mais ce n’est plus vrai. Notre école est dépassée.
Aujourd’hui, partout, c’est un système attentif aux aptitudes différentes de chacun, un système pluriel, diversifi é, qui multiplie les options afi• de faire émerger le potentiel de toutes les ressources, qu’ont développé tous les pays. Le concept d’accès pour tous à l’éducation ne suffi t d’ailleurs plus. On mesure le développement humain autrement : par la capacité d’un pays à créer un environnement dans lequel sa population pourra développer son potentiel productif et créatif en fonction de ses besoins.
Repenser l’école en l’adaptant aux besoins de chaque enfant pour réduire le gaspillage des ressources, et en l’amenant à répondre aux besoins de développement du pays : c’est une ultime priorité. Cette ouverture consiste à donner la même importance à la fi lière general education , qu’à la fi lière technologique ou professionnelle. Faisons un tour du monde des écoles pour se rendre à l’évidence.
Au Japon, une moyenne de 24 % quittent l’école secondaire avec un diplôme professionnel alors que 66 % entrent à l’université. En France, autour de 34 % décrochent le baccalauréat général, 18 % le bac technologique, 12 % le bac professionnel et 17 % un Certifi cat d’aptitude professionnelle. En Australie, 68 % obtiennent leur Senior School Certifi cate et 14 % leur Vocational Certifi cate . Et Singapour alors, avec lequel le gouvernement se sent des affi nités ? Après l’école primaire, les écoles gouvernementales offrent… cinq options. Une voie « intégrée » qui mène directement à l’université, sans examen intermédiaire, les plus doués académiquement une voie dite express une voie normale ( académique) une voie normale ( technique) une voie professionnelle. Une diversité qui montre la grande attention à utiliser au mieux les capacités de chacun. Et une grande valorisation de la fi lière professionnelle : pour l’année 2009, il y avait plus d’étudiants inscrits dans ses écoles polytechniques que dans ses universités ! Nous sommes à la traîne, mais nous pouvons rattraper ce retard.
Nous avons déjà introduit une dose de technique dans nos écoles, avec des matières autres que purement académiques, les Information Technology, Fashion and Design et autres Business Studies . En outre, nos IVTB et autres lycées polytechniques qui ont fait leurs preuves et donné au marché des professionnels de qualité. Mais dans le premier cas, ce ne sont pas des fi lières distinctes, pensées et dessinées comme telles. Quant au deuxième, ces écoles souffrent d’un défi cit d’image.
Dans trop d’esprits, l’école technique est en effet le « dumping ground » du système, là où on envoie les recalés. A cela s’ajoute une certaine mentalité qui veut qu’il n’y ait pas de salut sans le HSC de Cambridge, symbole et porte d’accès par excellence de la réussite sociale. C’est un prestige auquel les parents ne seraient pas prêts à renoncer pour leurs enfants. Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser que ces facteurs ont joué un certain rôle dans le manque d’empressement des autorités à introduire ces instituts qu’elles ont pourtant promis depuis 2005.
Ce problème de perception n’en est pas un. Les réalités du marché se chargeront de le dissiper : un Maintenance Manager ou un ingénieur civil, ayant fréquenté le Polytechnique de Flacq, gagne aujourd’hui mieux sa vie qu’un détenteur de PhD, prof à l’université. Il faudra certes aider cette perception à s’installer : il n’est pas question de développer des fi lières professionnelles sans une validation par un institut au moins aussi prestigieux que Cambridge. Et les fi lières secondaires doivent ouvrir la voie à des formations professionnelles supérieures dans des instituts techniques tertiaires.
Il faut pour cela la volonté politique. Cette tergiversation est déroutante.
Certes, ces fi lières peuvent être coûteuses. Mais les bénéfi ces à tirer d’une école qui devient plus proche des besoins du marché sont incontestables. Les fi lières techniques n’ont pas pour seul intérêt d’être une « solution » à l’échec scolaire elles peuvent propulser le développement des industries nouvelles et aider les autres à se réinventer. Et c’est peu dire que le pays en a besoin.
Nous avons trop attendu. Nous en avons assez des ministres de l’Education bricoleurs. Le chantier a besoin d’un véritable architecte.
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