
«Ce sont amis que vent emporte», écrivait le poète français Ruteboeuf. Les puristes nous pardonneront cette reprise mais elle illustre bien le combat de Darmen Ellayah et de José Cangy, président et vice-président de l’Association Pour Personnes En Larmes (APPEL).
APPEL oeuvre pour la réhabilitation des alcooliques et toxicomanes en souvenir de leurs amis disparus, faute de n’avoir pu décrocher. Si APPEL a été enregistrée en 2006, le travail de Darmen, José et des autres membres de cette organisation non-gouvernementale, ne date pas d’hier. Il remonte à plus de 15 ans. Ils sont en fait des jeunes amis de la localité. Le premier nommé, qui est policier est né et grandi à Roche-Bois. Le second a toujours vécu à Ste-Croix et y est établi comme menuisier.
Darmen a été dès son plus jeune âge sensible au sort des dépendants. Dans leur cercle d’amis et de camarades declasse, tous deux voyaient les méfaits de l’alcool et la drogue. S’ils ont pu y résister, c’est en raison de leurs mères veillant à ce qu’ils n’aient pas de mauvaises fréquentations et ne fassent pas de bêtises. «C’est surtout les valeurs familiales et spirituelles qui nous ont sauvés. La majorité de nos amis de classe sont tombés dans la drogue ou l’alcool et beaucoup en sont morts. C’est ce qui nous a incités à nous secouer et à faire du counselling pour tenter de leur partager l’espoir de vivre. L’argument que nous mettions en avant, c’est qu’ils ont la liberté de mener une vie dépourvue de drogue.»
C’est ainsi que Darmen et José ont cheminé avec certains usagers de drogue et alcooliques et qu’ils se sont mis à s’intéresser de plus près à la réhabilitation, au sevrage et aux différents programmes de réduction de risques.
Bien qu’ils soient en faveur d’une panoplie de traitements pour les différents types de dépendance, ils prônent surtout l’abstinence. «Il est vrai que la méthadone permet aux usagers de drogue de décrocher mais ils doivent laprendre pendant des longues années et parfois c’est même à vie. Nous sommes pour la zéro dépendance.»
C’était pendant un séjour en Australie en 2004 que Darmen fait la connaissance du Dr Georges O’Neil, médecin de Perth en Australie qui a fait des recherches sur le Naltrexone, antagoniste bloquant les récepteurs opiacés. Ce produit qui peut être absorbé par voie orale, donne de meilleurs résultats lorsqu’il est implanté sous la peau.
Durant plus de six mois, cet antagoniste annihile les effets de la prise d’alcool ou de drogue. Ce qui laisse le temps aux usagers de drogue ou aux alcooliques de décrocher. Ce traitement doit s’accompagner d’un encadrement psychosocial car les dépendances sont souvent motivées par des multiples problèmes personnels. Le Naltrexone leur ouvre de nouvelles perspectives de vie sans dépendance.
Le Dr O’Neil a d’ailleurs mis sur pied un programme intitulé Fresh Start Recovery qui a donné d’excellents résultats auprès des dépendants. Celui-ci est même venu à Maurice en décembre 2006 pour proposer ses services aux autorités mauriciennes. L’implant de Naltrexone a déjà passé l’étape des tests cliniques et attend l’homologationdes autorités médicales australiennes. Mais malgré cela, le gouvernement australien, convaincu de ses effets positifs, a finance ce programme à hauteur de 1, 8 million de dollars cette année. La pose de l’implant dans ce pays se fait au cas par cas.
Le président et le vice-président d’APPEL ont facilite le déplacement par petits groupes de plusieurs dépendants
aux opiacés et à l’alcool à Perth pour être traités par l’implant de Naltrexone. «De 2006 à 2011, nous avons pu envoyer 32 patients à Perth, le premier groupe ayant bénéficié gratuitement du traitement. Les autres ont dû le payer mais dans le cadre d’un package incluant le billet d’avion aller-retour, l’hébergement, l’alimentation et la pose de l’implant, etc. pour un total de Rs 175 000».
Ces patients ont été suivis sur quatre ans. Neuf mois après la pose de l’implant, personne n’avait rechuté. Douze mois après, 84% n’avaient toujours pas rechuté. Au bout de quatre ans, 54% tenaient encore bon. Comment expliquer que près de la moitié soit retombée dans leurs travers ? «Ce qui a fait défaut, c’est que certains patients avaient  besoin d’un second implant au bout d’un an qui allait leur permettre de tenir plus longtemps pour mieux refaire  leur vie. Vu que le traitement n’est pas accessible localement, ils n’ont pu repartir pour l’Australie. Autrement, les résultats auraient été meilleurs.
L’autre facteur qui a joué, c’est le manque d’accompagnement psychosocial. Le danger avec le Naltrexone est que le patient se sent tellement bien avec l’implant qu’il pense qu’il peut se passer d’accompagnement psychosocial. Or,  dans la réhabilitation, cet accompagnement compte pour près de 70%,» expliquent Darmen et José.
Les amis ne sont pas découragés pour autant. Au contraire, ils sont passés à la vitesse supérieure avec un  programme résidentiel intitulé programme de Transformation de vie qu’ils veulent appliquer dans un centre, le Addiction Rehabilitation Centre et Half-Way House. Ils ont déjà identifié un bâtiment à l’abandon, le Rishi Building, à Roche-Bois et ont fait des représentations auprès de la National Empowerment Foundation pour obtenir un étage dudit bâtiment et le transformer en centre résidentiel. «Nous pourrons y accueillir pour deux mois, une  vingtaine d’usagers de drogue, d’alcooliques et d’exdétenus dépendants. Nous commencerons par le sevrage puis nous passerons à la réhabilitation.
Celle-ci comprendra l’accompagnement psychosocial, des programmes d’apprentissages de vie et des activités récréatives entre autres. Nous impliquerons aussi les familles des dépendants car au fi nal, il faut préparer celles-ci à les réintégrer. Une fois que cela sera fait, ils pourront passer à la deuxième étape, qui est la réintégration sociale».
Les membres d’APPEL et le coordinateur des programmes à la NEF visiteront le bâtiment aujourd’hui. La NEF se
charge de retaper l’étage concerné qui sera livre à APPEL après l’avoir meublé. L’International Financial Services et une foundation ont accepté de fi nancer à travers leur programme CSR la première année d’opération du centre.
Vu le coût de l’implant de Naltrexone, le sevrage des dépendants se fera de façon classique. Mais pour ceux qui en ont les moyens, APPEL a demandé la validation de l’implant de Naltrexone au ministère de la Santé. IBL Healthcare
Ltd est disposée à en importer et Apollo Bramwell Hospital veut bien les poser à prix réduit. Ne manque que cette validation du ministère. «Plusieurs pays comme l’Angleterre, la Suède, l’Afrique Du Sud entre autres l’ont validé et le prescrivent au cas par cas. Ce serait bien que Maurice puisse aussi en disposer vu l’ampleur de l’addiction à Maurice. Nous devons bien ça à nos chers disparus…»
Source : l''''express solidarité